Cassin, Barbara
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Core ideas
Un mot tardif appliqué aux Grecs. L'introduction rappelle le nihilisme russe (Netchaïev, la « Société de la hache », Bazarov dans Pères et fils, le terme étant diffusé par Tourgueniev et Dostoïevski) et le terme inventé en Allemagne par Jacobi vers 1799. Cassin et Wolff se demandent si l'on peut l'appliquer à la pensée grecque, selon trois acceptions : par les valeurs (Nietzsche : les valeurs suprêmes se dévalorisent, « Dieu est mort »), par l'être (Heidegger : le sens conceptuel du terme, un étant devenu « rien »), ou par la manière dont on pense, ou plutôt on ne pense pas, le rien.
Socrate ou les sophistes ? Pour Nietzsche, c'est Socrate l'emblème du nihilisme, car il introduit une dévalorisation de la vie au nom d'un monde supra-sensible, « le bacille de la vengeance » ; les sophistes, au contraire, défendent la valeur de la vie (Calliclès contre Socrate dans le Gorgias). Mais selon le sens ontologique, ce sont les sophistes qui néantisent l'être, notamment Gorgias dans le Traité du non-être. Cassin rappelle que les sophistes ne sont connus que par leurs ennemis, selon « une paléontologie de la perversion » ; le traité de Gorgias est transmis par un pseudo-Aristote : trois thèses emboîtées (rien n'est ; si c'était, ce serait inconnaissable ; si c'était connaissable, ce serait incommunicable), démontrées en opposant les thèses des philosophes sur l'être (un ou multiple) selon une manière sceptique.
Trois sens de Wolff. (1) Un sens très large, tout travail négatif qui réduit à rien une réalité ou une valeur : Zénon (le mouvement, le multiple), Gorgias, Socrate et sa réfutation, les cyniques, les sceptiques. (2) Un sens étroit, celui de Nietzsche (le nihilisme radical comme conviction que l'existence est intenable au regard des valeurs hautes, qu'on ne peut pourtant supposer d'au-delà), pour lequel il n'y a pas de nihilisme grec parce que c'est un événement moderne qui suppose la mort du Dieu chrétien et un « à quoi bon » (Généalogie de la morale, III), absent chez les Grecs qui savent toujours « au nom de quoi » ils sont. (3) Un sens intermédiaire, l'impuissance de la pensée à établir quoi que ce soit, présent chez certains sophistes et sceptiques, mais « bien tempéré » car il vise la paix de l'âme (Sextus : l'ataraxie par la suspension du jugement). Pour Heidegger, enfin, Nietzsche est lui-même le nihiliste par excellence, car « l'essentiel non pensé » du nihilisme est l'essence du néant.
Excerpts
“« le nihilisme c'est l'essentiel non pensé à l'essence du néant »”
“« un emboîtement de trois thèses rien n'est même si connaître et si jamais on peut le connaître on peut en plus pas le parler »”
“« il n'y a pas de nihilisme dans la pensée grecque tout simplement parce que c'est un événement moderne »”