Bonnefoy, Yves & Marchal, Bertrand & Dragonetti, Roger & Meschonnic, Henri
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Core ideas
L'émission part de la question radicale que Mallarmé lègue au XXe siècle, « Sait-on ce que c'est qu'écrire ? », et de la pluralité des lectures qu'il suscite, de Thibaudet et Mondor à Blanchot et Barthes. Henri Meschonnic veut dépouiller Mallarmé de la tradition valéryenne pour retrouver un poète de l'oralité, chez qui pensée de la poésie et pensée du langage sont inséparables. Bertrand Marchal retrace la vie : une lignée de fonctionnaires de l'Enregistrement, la mort de la mère à sept ans, les premières influences de Hugo, Banville et Musset, puis la découverte de Baudelaire et de Poe vers 1860. Viennent ensuite la fuite en Angleterre avec une gouvernante allemande, un mariage vécu comme un sacrifice, et trente ans d'un professorat d'anglais chahuté jusqu'à la retraite de 1893. L'intervenant spécialiste de Villiers de l'Isle-Adam décrit le « triangle sacré » Baudelaire, Poe et Villiers, ami et maître, avec qui Mallarmé veut « penser par les moyens de la littérature ». Roger Dragonetti montre que le poète se vit comme un revenant, et que l'écriture efface le réel au profit de la « blancheur » et d'un scintillement d'analogies qui aboutit au silence.
Yves Bonnefoy analyse la crise des années 1866-1869. Jeune, Mallarmé croyait encore pouvoir connaître le monde de l'intérieur, en participant de l'esprit divin. Il découvre en écrivant Hérodiade que la parole n'est qu'une écume à la surface d'une réalité impénétrable, et rencontre le Néant « sans connaître le bouddhisme ». Mais le mot vidé de toute représentation fait advenir la chose sensible elle-même, la « notion pure ». « La destruction fut ma Béatrice » : elle ouvre sur une nature « à laquelle on n'ajoute pas ». Pour Bonnefoy, L'Après-midi d'un faune cherche un désir désintéressé, une contemplation sensuelle sans possession. Marchal nuance l'influence de Hegel et souligne celle de Descartes, qui lui révèle la fiction et la science du langage, où le langage est à la fois objet et moyen d'observation. Meschonnic refuse l'image d'une « disparition élocutoire » abstraite et voit en Mallarmé, après Baudelaire et avant le Proust du Contre Sainte-Beuve, l'inventeur d'une poétique du sujet distincte de l'individu, que la psychanalyse aurait brouillée. Il fait du rythme une affaire de langage et non de musique, comme le « oui » qui tisse le sonnet à Marie.
Marchal évoque le retour à Paris en 1871 et La Dernière Mode, rédigée seul jusqu'aux recettes et au courrier des lectrices. Il raconte aussi les mardis de la rue de Rome, la notoriété venue tard avec Les Poètes maudits et À rebours, et le symbolisme comme phénomène publicitaire lancé par Moréas. Il fait d'Un coup de dés l'inauguration d'une logique spatiale et musicale de la poésie. Sa tautologie, puisque « hasard » vient du dé, montre que le langage se referme sur lui-même sans ouvrir sur un absolu, et non que Mallarmé aurait découvert l'échec à la fin de sa vie. Dragonetti lit la correspondance comme le Livre lui-même, dispersion volatile de l'esprit structurée par le rythme. Bonnefoy conclut sur l'impossibilité vécue d'une parole du désir détachée de l'intérêt personnel, et sur le retour à Hérodiade. Meschonnic définit la modernité non comme rupture mais comme invention de soi : « le problème de la modernité ce n'est pas le verbe être c'est le verbe rester ».
Excerpts
Yves Bonnefoy sur la crise de Mallarmé :
“il fait la découverte que notre parole ne pénètre pas l'essens du monde nos représentations ne sont que des rêveries à la surface d'une réalité qui demeurera impénétré [...] le monde est impénétrable la parole n'est qu'une écume à sa surface voilà ce que malarmé ressent de plus en plus fortement”
Bertrand Marchal sur Un coup de dés :
“le langage se referme sur lui-même et de toute façon on n'en sort pas la poésie a son lieu dans le langage même et elle n'est pas une issue possible vers on ne sait quel ciel antérieur ou fleurit la beauté ou on ne sait quel paradis”
Henri Meschonnic sur la modernité :
“si malarmé était seulement nouveau en 1890 évidemment ça serait ça serait comme le moderne style quoi et donc il y aurait un référent et tout ce qui est accroché à son référence c'est dire à son époque est mort par définition [...] parce que le problème de la modernité ce n'est pas le verbe être c'est le verbe rester”