MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Rien ne veut rien dire/Guérin, Jean-Yves

Guérin, Jean-Yves

universitaire, spécialiste de Camus

Albert Camus, les années 'Combat' (2/5) : 'Combat' ou l'espoir d'une génération

Rien ne veut rien dire · Apr 1, 2018 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: full (environ seize minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec des erreurs de reconnaissance ; les lectures sont résumées)

Core ideas

Un journal d'intellectuels à l'été 1944. Guérin décrit Combat, né de la Résistance sous la direction de Pascal Pia et d'Albert Camus, comme un petit groupe de journalistes d'une trentaine d'années, futurs écrivains peu connus alors, perçu après coup comme un « intellectuel collectif » (Camus, Pia, Albert Ollivier, Raymond Aron…). Il se situe dans la conjoncture de 1944 : l'espoir collectif d'une démocratie nouvelle, d'une transformation radicale du pays. Camus, dans le feu de l'action, rédacteur en chef d'un journal pauvre, écrit un éditorial presque chaque jour et n'a pas la distance critique de sa conférence de 1957 sur « l'artiste engagé » : la question de l'écrivain engagé est sartrienne plus que camusienne. Les modèles sont l'hebdomadaire Vendredi (Guéhenno, Chamson, Viollis) et l'anti-modèle Paris-Soir.

Contre le personnel de la IIIe République. Camus veut une relève des élites : il s'en prend aux dignitaires de la IIIe République, comme Édouard Herriot, effondrés en 1940, et attend de l'épuration qu'elle élimine les traîtres ; dans un éditorial du 6 septembre 1944, il écrit que la classe politique doit s'en aller ou comprendre qu'on ne l'oblige pas à tout détruire avant de reconstruire. Le glissement idéologique ensuite : Combat mise sur la rénovation du Parti socialiste (Blum, Daniel Mayer), puis se sent orphelin quand Guy Mollet en prend le contrôle ; il compte sur Mendès France ; mais la Résistance ne survit pas comme force institutionnelle et la France de 1945 est trop épuisée pour une révolution démocratique.

Un modèle et un héritage. Combat devient un modèle pour France-Observateur et L'Express : indépendance totale à l'égard du pouvoir et des partis, choix clairs, sensibilité à l'événement, qualité de l'écriture, grands collaborateurs (Bernanos, Malraux, Barthes, Nadeau, Lemarchand), mais « un journal très fragile », qui perd son originalité dès 1947. Guérin note que, contrairement à aujourd'hui, les journalistes y étaient polyvalents. Il cite aussi un éditorial de Camus de 1945 sur l'Algérie après les massacres de Sétif et Guelma, qui demande une action « à la fois ferme et démocratique ».

Excerpts

“« c'est une indépendance totale par rapport au pouvoir et au parti »”

“« un journal très fragile »”

“« si nous voulons sauver l'afrique du nord nous devons marquer à la face du monde notre résolution »”