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Moreau, Pierre-François & Guenancia, Pierre & Armogathe, Jean-Robert

Moreau, Pierre-François: philosophe, historien de la philosophie du XVIIe siècle

Guenancia, Pierre: philosophe, auteur de Descartes et de Descartes et l'ordre politique

Armogathe, Jean-Robert: historien, spécialiste de Descartes et de la science du XVIIe siècle

Des textes de Descartes, de Mersenne, de Beeckman, de Cordemoy et de Lodewijk Meyer sont lus par Pascal Sablier.

RENÉ DESCARTES (1596-1650) et la révolution cartésienne – Une vie, une œuvre [1988]

Rien ne veut rien dire · Jun 27, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de bonne qualité.

Core ideas

Christine Goémé présente Descartes comme notre contemporain : métaphysicien de la science moderne, fondateur du sujet, philosophe de la rupture. Pierre-François Moreau détaille pourtant l'héritage dont il part. Il y a d'abord la scolastique et l'aristotélisme : peu de vocabulaire technique dans les Méditations, mais une pensée très « substantialiste » dans les réponses aux objections et les Principes. Il y a aussi le scepticisme du XVIe siècle, que Descartes transforme en méthode en retournant le Quod nihil scitur de Sanchez. Quant à l'augustinisme philosophique, Moreau soutient qu'il s'inspire de Descartes plus que l'inverse. Il évoque la culture baroque de la vie comme songe et la rhétorique latine qui véhicule le stoïcisme de Sénèque. Il montre aussi les six séries d'objections aux Méditations (1641), dont le dialogue de sourds avec Hobbes, qui conclut de la pensée à une chose matérielle et que Descartes renvoie à sa lecture.

Pierre Guenancia insiste sur une méthode qui n'est pas un guide anonyme, mais le mouvement naturel d'un esprit « un » qui reconstruit tous les savoirs à partir de ses notions simples. Le monde y est traité comme une fable : seule compte l'extériorité véritable des corps, réduits à l'étendue, une fois suspendues les qualités sensibles. Jean-Robert Armogathe retrace la carrière scientifique : le jeune licencié en droit de 1616 qui parcourt toutes les sciences, la rencontre avec Beeckman en 1618, qui unit physique et mathématique, et la notation algébrique héritée de Viète et prolongée. Il souligne surtout la création des vérités éternelles, en 1630. Contre l'Euclide chrétien de Mersenne, Descartes soutient que Dieu crée librement les mathématiques, ce qui exclut une mathématisation leibnizienne du monde et laisse au cartésianisme une ambiguïté dont il ne se relèvera pas. Armogathe décrit ensuite les Essais (Dioptrique, Météores, Géométrie) comme des « spécimens » destinés aux mécènes, avec le Discours de la méthode pour préface. Viennent enfin les querelles d'Utrecht et les Principes (1644), qui ont le plus vite vieilli. Il reste un style, que les logiciens d'aujourd'hui étudient encore.

Moreau décrit un cartésianisme allé « plus loin que Descartes » : la linguistique de Cordemoy reprise par Chomsky, l'histoire des sciences de Fontenelle analysée par Canguilhem, et Lodewijk Meyer appliquant le doute à l'interprétation de l'Écriture. Guenancia conclut que Descartes ne débouche pas sur une politique mais sur une morale. La première règle de la méthode fonde une liberté de penser et une tolérance de la diversité irréductible des jugements. La liberté infinie de l'homme, image de Dieu, tient à distance tout salut collectif, et la générosité consiste à n'estimer les hommes que pour l'usage qu'ils font de leur libre arbitre.

Excerpts

Pierre-François Moreau sur Descartes et le scepticisme :

“la caractéristique de Descartes, ça n'est pas du tout d'introduire le doute, mais au contraire de le raisonner, de le limiter et de transformer le scepticisme d'attitude générale en méthode et en démarche pour trouver la vérité et non pas pour trouver le probable ou le fictif.”

Pierre Guenancia sur le problème du philosophe :

“Le le problème du philosophe n'est pas le monde. Le problème du philosophe est la connaissance qu'il peut avoir du monde. Le problème du philosophe est l'épreuve radicale de la vérité de cette connaissance.”

Pierre Guenancia sur la générosité :

“l'homme libre est, au fond, euh un homme qui découvre qu'il n'y a pas d'autres raisons de s'estimer lui-même et d'estimer les autres pour autre chose que pour l'usage qu'il fait de son libre arbitre. C'est cette passion que Descartes appelle la générosité.”