Pontalis, Jean-Bertrand & Robert, Marthe & Bruneau, Jean & Gothot-Mersch, Claudine
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Core ideas
L'émission interroge le « blanc » de 1849-1851 qui sépare la première Tentation de saint Antoine du début de Madame Bovary, moment où le jeune romantique lyrique devient le chroniqueur d'une réalité triviale et l'ascète de l'art impersonnel. Elle part du récit de Du Camp : trente-deux heures de lecture, puis le verdict de Bouilhet, « il faut jeter cela au feu ». Claudine Gothot-Mersch juge Du Camp globalement fiable sur le choix du sujet, l'affaire Delamare, et rappelle les autres sources, notamment les mémoires de Madame Ludovica annotés par Flaubert, où se mêlent adultère et dettes. Marthe Robert soutient que la torture de Madame Bovary vient de ce que Flaubert écrit contre lui-même et contre son goût des grandes fresques mystiques. Pour elle, la haine du roman est une haine de la vie, de la sexualité et de la procréation. Jean-Bertrand Pontalis rappelle son article de 1954 : la maladie de Flaubert n'est ni l'épilepsie ni l'hystérie mais une maladie du langage, entre la puissance accordée aux mots et leur insuffisance. Il note qu'il continuait d'écrire ses lettres avec facilité.
Marthe Robert applique sa grille du roman familial : l'« enfant trouvé » est la phrase toute-puissante, le « bâtard » est l'organisateur qui documente, compte et compose. Emma, déchirée entre un passé réel et le rêve, reste une héroïne d'enfant trouvé, comme dans la formule « elle aurait voulu mourir et habiter Paris ». Jean Bruneau décrit la vie concrète à Croisset : les crises nerveuses depuis 1844, la cohabitation avec la mère et la petite Caroline, l'héritage entamé par le voyage en Orient, le travail de dix heures du matin à quatre heures du matin, le « gueuloir » où beau et vrai sont interchangeables, et les dimanches de travail avec Bouilhet, son alter ego. Il corrige l'image du saint en rétablissant les passages censurés par la nièce sur Juliette Herbert, la gouvernante anglaise aimée jusqu'à la fin, et les maisons closes que fréquentaient tous les écrivains de l'époque.
Pontalis relève la crudité des scénarios, peu à peu gommée, et l'attention aux objets, comme la casquette de Charles ou Emma toujours à la fenêtre et appuyée sur une épaule. Il voit dans le roman une « illusion perdue » de la puissance de la littérature, rendue manifeste par la littérature même, et un réel en carton qui finit dans le vomissement noir. Claudine Gothot-Mersch montre dans les manuscrits la suppression des jugements et du narrateur « je », réduit à un « nous » de collège. Elle retrace l'éradication du lyrisme par étapes, des œuvres autobiographiques à Novembre, où le héros meurt « par usure », puis à la première Éducation sentimentale. Elle évoque aussi les corrections incessantes pour des raisons de rythme, l'apothicaire devenu pharmacien, selon l'idée que le mot musical est le mot juste. La lettre sur les « deux bonshommes », le lyrique et celui qui creuse le vrai, et le rêve d'un « livre sur rien » ponctuent l'émission.
Excerpts
Jean-Bertrand Pontalis sur la maladie de Flaubert :
“j'ai dit que le malâ le flobbert n'était pas là et que flobbert m'apparaissait là comme un peu le une figure prototypique de cette contradiction entre la pu sence accordé au langage sans quoi on n'écrirait pas hein et son insuffisance fondamentale”
Marthe Robert sur l'enfant trouvé et le bâtard :
“l'enfant trouvé c'est la phrase et le bâtard c'est l'organisateur du récit celui qui fait les plans celui qui préside à la composition celui qui recherche les documents qui fouille des archives [...] le bâtard est celui qui compte qui compile qui calcule qui organise”
Flaubert, lettre à Louise Colet (1852), lue dans l'émission :
“il y a en moi littérairement parlant deux bons hommes distincts un qui était pris de gueulade de lyisme de grands vol d'aigles de toutes les sonorités de la phrase et des sommets de l'idée un autre qui fouille et creuse le vrai tant qu'il peut qui aime accuser le petit fit aussi puissamment que le Grand”