Brosse, Jacques & Faure, Bernard & Rommeluère, Éric & Ishigami, Michiko
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - sous-titres automatiques très altérés, en particulier dans les lectures en japonais.
Core ideas
Le documentaire présente Dōgen (1200-1253), considéré comme l'introducteur au Japon de l'école zen Sōtō. Jacques Brosse, son biographe, le découvre en cherchant une philosophie vécue. Selon lui, Dōgen pourrait sortir la philosophie occidentale d'une impasse devenue « spéculation d'universitaires », en lui rendant l'expérience et la méditation. Il retrace une enfance aristocratique : un père ministre, une mère probablement Fujiwara, la perte des deux parents en bas âge, puis l'entrée au monastère à douze ans. Vient ensuite la quête d'un maître : Eisai, introducteur du Rinzai, qui meurt peu après, puis son disciple Myōzen, avec qui Dōgen part en Chine en 1223. Là, il rencontre Rujing, dont il est le seul vrai disciple, et rentre au Japon vers 1227 pour diffuser ce qu'il a reçu. Bernard Faure nuance la légende. Dōgen ne se présentait pas d'abord comme maître d'une école mais comme simple bouddhiste, et c'est son successeur Keizan, à la troisième génération, qui implanta vraiment le Sōtō. Des recherches récentes en feraient le fils d'une concubine de Minamoto Michitomo, ce qui éclairerait son obsession de la transmission « légitime » et en face-à-face (menju).
Faure retrace aussi une évolution que la tradition gomme. Dōgen passe d'une ouverture initiale à une vision plus monastique et polémique au moment où il quitte Kyōto pour fonder dans l'Echizen, au début des années 1240, le monastère qui deviendra l'Eihei-ji. Ce tournant coïncide avec l'arrivée de disciples venus de l'école Daruma, contre lesquels il affirme sa différence avec le Rinzai. Le cœur de sa doctrine est l'unité de la pratique et de la réalisation. Le Rinzai fait de la méditation un moyen d'obtenir l'éveil, Dōgen y voit un dualisme. Tous les êtres sont déjà éveillés, mais cet « éveil foncier » ne justifie aucun laxisme : la pratique assise (zazen) est l'expression naturelle de l'éveil, « ce que fait un bouddha ». Une citation lue le résume : « étudier la voie du bouddha, c'est s'étudier soi-même ; s'étudier soi-même, c'est s'oublier soi-même ». L'intervenant qui parle en pratiquant insiste sur la primauté de la posture et du corps sur le seul mental.
Plusieurs intervenants soulignent la place accordée aux femmes. Dans un chapitre du Shōbōgenzō, Dōgen juge absurde qu'un bodhisattva refuse d'approcher les femmes qu'il prétend sauver et demande de respecter les moniales accomplies. Un intervenant rapporte qu'il y a aujourd'hui autant de religieuses que de religieux zen et que les maîtres femmes se multiplient, surtout en Amérique. Faure distingue plusieurs états du Shōbōgenzō. La version en 75 fascicules est spéculative et proprement philosophique, celle en 12 fascicules est rituelle et catéchétique. Selon lui, les idées de Dōgen étaient assez courantes, mais son style, splendide et polémique, a fait son succès, alors que ses poèmes restent assez plats. Le texte, longtemps illisible même pour les Japonais et imprimé seulement au XVIIIᵉ siècle, a surtout servi d'objet de transmission.
Éric Rommeluère analyse la « frénésie d'écriture » de Dōgen, qui veut « réécrire le bouddhisme » par le langage, héritage de l'école Tendai et du Sūtra du lotus. Il commente des passages chinois en japonais pour en forcer le sens. Il relit ainsi « parfois » (uji) comme « l'être-temps », ce qui fonde une méditation inédite sur le temps. Brosse et d'autres le rapprochent de Heidegger, qui revient aux mots grecs comme Dōgen aux idéogrammes, devant l'« émerveillement primordial ». Rommeluère trouve le parallèle « un peu facile ». Michiko Ishigami compare Dōgen à François d'Assise, contemporain qu'il ignorait : même fondation de communautés pauvres et mendiantes, même communion avec la nature, du Cantique des créatures au zazen dans les grottes. Faure rappelle que l'image d'un zen « pur » de Dōgen fut construite à l'époque d'Edo, quand le zen devint l'idéologie des guerriers. Rommeluère conclut sur l'inachèvement voulu du Shōbōgenzō, livre sans unité qui implique le lecteur plutôt que d'expliquer : il y a les mots dits, ceux que l'on dit et ceux que l'on ne dit pas.
Excerpts
Bernard Faure sur l'unité de la pratique et de l'éveil :
“donc pour dogan la pratique en réalité n'est pas un moyen vers le vert un but il ne s'agit pas de chercher un éveil dans le futur il s'agit de réaliser que cet éveil s'est déjà réalisée en quelque sorte que tout être quel qu'il soit est déjà foncièrement éveillé [...] la pratique simplement l'expression la plus simple la plus naturelle de cet éveil autrement dit le fait d'être réveillé n'implique pas qu'on ne doit pas pratiqué au contraire on doit pratiquer parce que c'est ce que fait quelqu'un sait ce que fait un bouddha”
Lecture d'un passage célèbre de Dōgen :
“il étudier la voie du bouddha s'étudier soi-même s'étudier soi même c'est s'oublier soi-même s'oublier soi-même c'est être reconnu et éveillé partout les d'armes à être attestée par tous les d'armes à sept abandonné son corps et son esprit comme le corps et l'esprit de l'autre c'est voir disparaître toute trace des veilles et fait renaître l'incessante éveil sans trace”
Éric Rommeluère sur la relecture du chinois par Dōgen :
“parfois est composé en chinois de deux idéogrammes le premier qui est ou qui veut dire il y a où l'être ou l'existence et jh je veux dire le temps et lui va lire va lire d'une autre manière la phrase an chinois [...] en disant non pas parfois cela se tient plus haut d'un pic mais l'être ou l'existence et le temps se tiennent en haut d'un pic”