Rongenberger, Jean-Jacques
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Core ideas
Quatre figures du rien. Le mot, inventé par Jacobi, devient au XIXe siècle un mouvement de pensée, d'art, de littérature et de politique. L'invité propose de comprendre les sens du mot en les rapportant à la notion de rien, à partir de la « table du rien » qui clôt l'Analytique transcendantale de Kant : (1) le rien comme concept sans objet, attitude d'ignorance de notre époque qui célèbre le consensus et la performance, où l'on ne comprend pas le nihilisme ; (2) l'objet vide sans concept, un manque de sens qu'on promet de combler (par exemple par une révolution) ; (3) le concept vide d'objet, expérience du vide insurmontable, vécue comme épreuve de la négation (le nihilisme russe), qui interdit toute recherche de sens et aboutit à une pure négation ; (4) l'intuition vide sans objet, le rien comme condition de la présence de l'espace et du temps, la figure la plus profonde, où tombent les présupposés du sens et de la donation des phénomènes.
Traverser le nihilisme. Nietzsche met en scène toutes ces figures ; comprendre le nihilisme chez lui uniquement comme perte de sens est insuffisant. Il hésite entre la troisième et la quatrième, et la sortie ne se décide pas : un fragment posthume de 1887-1888 évoque le « déjà plus » de la volonté de nier. Un aphorisme du Gai savoir (380) demande de surmonter en soi l'esprit de son époque, jusqu'à sa propre opposition à elle. Le nihilisme ne peut être vaincu par un antinihilisme primaire, qui reconduit au même.
Origines multiples, aucun retour. Nietzsche ne tranche pas entre plusieurs « coups d'envoi » : le commencement juif (premier renversement des valeurs, révolte des esclaves, d'où viendraient le christianisme, les Lumières, la démocratie, le socialisme), le commencement socratique (la mort de la tragédie dans la Naissance de la tragédie), et enfin son propre commencement. Le nihilisme est « toujours déjà là » : l'impossible assignation d'une origine est la même que celle d'une fin, ce qui dégage de la nostalgie, de l'attente et du ressentiment. Trois implications : une exposition à la temporalité (le devenir comme innocence), le surhomme comme « entre-deux » qui lave de la nostalgie de la source, et l'art, non comme présentation d'un sens mais comme ouverture à l'espace et au temps. L'aphorisme 343 du Gai savoir (« voici l'horizon à nouveau dégagé… ») est cité comme libération, le renoncement étant le début d'un travail.
Excerpts
“« c'est une épreuve ce n'est certainement pas une recherche de sens »”
“« il y a une série de coups d'envoi du nilisme qui ne sont jamais que des coups d'envoi partielle »”
“« il faut être très léger pour se laisser pousser par sa volonté de connaître jusque dans un pareil lointain »”