Tanase, Virgil
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Core ideas
Le romancier du feuilleton. Avec une archive de Camus, qui mit en scène Les Possédés, l'émission rappelle que Dostoïevski avait un grand sens de la durée dramatique (évolution par éclats) mais qu'il n'a pas écrit pour le théâtre, à cause de la pauvreté et de la publication en feuilleton : il livrait des chapitres avant d'avoir écrit la suite. Tanase donne deux exemples : Crime et châtiment, commencé comme la confession d'un criminel à la première personne, brûlé puis réécrit à la troisième personne ; Les Possédés, où Dostoïevski découvre en cours de route que le personnage qui l'intéresse est Stavroguine, et dont le chapitre central (la confession de Stavroguine) est refusé par le rédacteur de la revue et ne sera publié que beaucoup plus tard : « la censure reste puissante ». Il est moins bien payé que Tolstoï ou Tourgueniev et sollicite sans cesse des avances.
Une vie de violences. Né le 30 octobre 1821 dans une famille de tradition violente, fils d'un médecin autoritaire et alcoolique, que ses serfs assassinent (on étouffa l'enquête pour ne pas les envoyer en Sibérie), orphelin de mère, il est envoyé à l'école du génie militaire, lit Pouchkine, Schiller, Shakespeare, la Bible. Son premier roman, Les Pauvres gens (1844), est salué par Belinski, mais sa « grosse tête » et son orgueil l'éloignent des milieux littéraires et le rapprochent du cercle révolutionnaire de Petrachevski : arrêté, condamné à mort, gracié devant le peloton d'exécution, il passe quatre ans au bagne (Carnets de la maison des morts). Le bagne lui fait découvrir « dans la misère morale la plus totale il existe une lumière en chacun d'entre eux d'entre nous », donc le peuple russe, et la foi ; il en tire une opposition durable à Tourgueniev et à l'Occident, et l'idée que la beauté passe par la souffrance (le Christ mort de Holbein à Bâle, vu avant L'Idiot).
Femmes, jeu, fin de vie. Sa première femme, Maria Dmitrievna, est une relation ambiguë et malheureuse ; Apollinaria Souslova l'attire puis le déçoit ; Anna Grigorievna, sa seconde épouse, est pour lui un ange gardien, qui l'aide à écrire (elle est sa sténographe et son éditrice) et lui donne même de l'argent pour jouer, pendant quatre ans de passion du jeu (Le Joueur) ; « à partir de cette année 1871 il ne joue plus jamais ». Épileptique depuis ses 26 ans, il travaille la nuit avec régularité, perd un fils, et conseille à une jeune écrivaine : « n'écrivez jamais pour l'argent et à la commande c'est ce que je fais et je crois que mes livres sont ratés ». À sa mort en 1880, soixante mille personnes suivent son cercueil. Tanase le décrit comme un homme pieux, plus que comme un nihiliste, persuadé que la science ne résout pas le mystère de l'homme et que Jésus est la divinité faite homme souffrant.
Excerpts
“« dans la misère morale la plus totale il existe une lumière en chacun d'entre eux d'entre nous »”
“« à partir de cette année 1871 il ne joue plus jamais »”
“« n'écrivez jamais pour l'argent et à la commande c'est ce que je fais et je crois que mes livres sont ratés »”