Jaquet, Chantal
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Core ideas
Liberté, béatitude et joie. Jaquet explique que Spinoza traite comme synonymes la liberté, la puissance de l'intellect et la béatitude, pour éviter une connotation religieuse : la joie désigne le passage à une plus grande perfection (dans la durée), la béatitude la perfection même (sous un regard d'éternité). La cinquième partie récapitule d'abord les remèdes aux affects : la raison n'est pas une instance extérieure qui commande, mais comprendre augmente la puissance d'agir et produit de la joie, et seule une joie plus forte peut vaincre une tristesse. Spinoza se démarque des stoïciens (volonté toute-puissante) et de Descartes (dualisme, domination de l'esprit sur le corps) : l'esprit et le corps sont une seule chose, l'homme étant une partie de la nature, d'où l'impossibilité d'un pouvoir absolu sur les affects ; le sage n'est pas à l'abri des passions mais en forme des idées claires, et il change d'état d'esprit comme d'état du corps.
L'éternité de l'esprit : une expérience, pas un salut. La proposition 23 (« l'esprit humain ne peut pas être absolument détruit en même temps que le corps ») a embarrassé les commentateurs. Jaquet la lit comme une manière de concevoir les choses sous un regard d'éternité (sub specie aeternitatis), sans lien avec le temps ni avec une survie après la mort, et sans divorce entre l'esprit et le corps : l'esprit demeure l'idée de l'essence du corps, et la part éternelle est d'autant plus grande que le corps est apte à plus de choses. On fait l'expérience de l'éternité ici et maintenant en produisant des démonstrations, c'est-à-dire en exerçant la puissance de comprendre ; d'où l'« usage des plaisirs » (nourriture sobre, théâtre, parfums) qui diversifie les aptitudes du corps. L'amour intellectuel de Dieu est la joie qui accompagne la compréhension des choses par leur cause (Dieu ou la Nature) ; Jaquet note que Spinoza redéfinit les termes religieux au lieu de les écarter, et que sans substance l'homme resterait inintelligible.
La mort, la décision et le chemin. Pour Spinoza on ne vainc pas la peur de la mort par décret ni par une attitude stoïcienne : la mort est nuisible, et seule la joie de l'éternité peut la contrebalancer. Ce n'est pas par libre arbitre que l'on suit le chemin éthique, mais par un désir de persévérer, par une puissance d'agir qui cherche une joie « continue et souveraine » (Traité de la réforme de l'entendement). La béatitude ne s'acquiert pas, elle est déjà là de toute éternité ; la voie est « difficile autant que rare ». Jaquet annonce son prochain livre Spinoza à l'œuvre.
Excerpts
“« le fait de comprendre augmente la puissance d'agir et de ce fait produit de la joie »”
“« il faut renoncer à toute puissance à la maîtrise absolue »”
“« c'est ici et maintenant que nous faisons l'expérience de l'éternité »”