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Core ideas
Raphaël Enthoven présente Noces, écrit par Camus à 23 ans, comme son plus beau texte : un livre de jeunesse qui serait aussi le dernier mot de l'œuvre, où se mêlent « la saveur et le savoir ». Il s'attarde sur l'oxymore « à certaines heures la campagne est noire de soleil ». Le soleil camusien est ambivalent : il caresse le baigneur et fait pourrir les corps dans La Peste. Il est axiologiquement neutre et livre chacun au meilleur comme au pire, jusqu'au meurtre de L'Étranger. C'est le « grand midi » nietzschéen, que l'on retrouvera dans la « pensée de midi » de L'Homme révolté : aimer la vie, c'est en assumer aussi la part détestable. Pour Enthoven, Camus est philosophe parce qu'il est écrivain et inversement : il « pense sans y penser ». Il distingue cette beauté du monde de l'esthétique de Gide. Elle ne dépend pas de nous, elle vient de la dureté et de l'indifférence d'un monde « inhumain », au sens neutre du terme.
L'arrivée à Tipasa marque un passage : « pour la dernière fois nous sommes spectateurs ». On passe du monde comme représentation au monde comme expérience, de l'identité à l'intimité. Pour Enthoven, l'intimité est une étrangeté, un corps-à-corps qui dissout le moi. Le titre Noces unit le mariage et le « grand libertinage de la nature ». Le silence du monde renvoie au silence de la mère de Camus, sa première leçon de réalité. Enthoven avoue ne pas comprendre l'image du « centre des choses qui tombent » et la rapproche des ruines de Sagra dans Le Rivage des Syrtes de Julien Gracq. L'opposition profonde entre Camus et Sartre ne serait ni politique ni sociale : c'est celle de la nature et de l'histoire. La « joie étrange » repose sur l'étrangeté d'un monde qui ne nous est pas destiné. Elle est un consentement sans résignation, une foi sans Dieu. L'unique amour, « étreindre un corps de femme », serait un avatar de l'amour de la vie, un effort qui inclut le vouloir aimer encore.
Enthoven insiste ensuite sur la mort. Camus refuse le divertissement et le mensonge (« je veux porter ma lucidité jusqu'au bout ») et lie la peur de la mort à la séparation d'avec le monde. Comme chez Montaigne, Spinoza ou Proust, la conscience d'être mortel est la condition de la vie et du génie : la vie est « noire d'être périssable », comme la campagne est noire de soleil. Il relève l'harmonie chromatique du vert et du noir dans tout le recueil. Il lit la métaphore de l'acteur qui a « bien joué son rôle » non comme la vanité stoïcienne du théâtre du monde, mais comme une coïncidence montaignienne avec ses propres gestes. Le « métier d'homme » n'est pas un humanisme abstrait mais une morale spontanée, apprise sur un terrain de football, qu'Enthoven illustre de façon provocatrice par le coup de tête de Zidane. Il conclut que l'œuvre ne suit pas l'ordre absurde, révolte, amour, mais commence par l'amour : un amour difficile, appris dans le silence, qui culmine dans l'oubli de soi.
Excerpts
Raphaël Enthoven sur le passage du spectacle à l'expérience :
“il y a l'idée que nous cessons d'être spectateur du monde nous passons du monde comme représentation au monde n'ont pas comme volonté mais au monde comme expérience et entrer dans Tipaza c'est sortir d'un rapport de sujets à objet avec le monde pour entrer dans un rapport de collusion d'intimité de corps-à-corps”
Raphaël Enthoven sur l'opposition entre Camus et Sartre :
“l'opposition la vraie profonde O pposition entre Sartre et Camus c'est l'opposition de l'histoire et de la nature Sartre est un philosophe de l'histoire Camus est un philosophe de la nature”
Raphaël Enthoven sur l'amour comme effort :
“l'amour est difficulté l'amour ne va pas de soi l'amour n'est pas un don du ciel l'amour est un don de la terre c'est un don difficile c'est un apprentissage ça passe par le silence il faut aimer sa mère qui ne nous parle pas il faut aimer le monde qui ne nous dit rien”