MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Rien ne veut rien dire/D'Hondt, Jacques & Lefebvre, Jean-Pierre & Osmo, Pierre & Negri, Toni & Châtelet, Gilles

D'Hondt, Jacques & Lefebvre, Jean-Pierre & Osmo, Pierre & Negri, Toni & Châtelet, Gilles

D'Hondt, Jacques: philosophe, biographe de Hegel

Lefebvre, Jean-Pierre: germaniste, traducteur de la Phénoménologie de l'esprit

Osmo, Pierre: philosophe

Negri, Toni: philosophe

Châtelet, Gilles: mathématicien et philosophe

Jean-Pierre Lefebvre lit les dernières pages de la Phénoménologie de l'esprit dans sa traduction. Une citation du critique catholique Ernest Hello est lue par Gilles Châtelet.

GEORG WILHELM FRIEDRICH HEGEL (1770-1831) – Une vie, une œuvre [1995]

Rien ne veut rien dire · Jan 2, 2017 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: full - transcription automatique de bonne qualité.

Core ideas

Jacques D'Hondt place la vie de Hegel sous le signe de la Révolution française : né en 1770, il a dix-neuf ans en 1789. Il partage au Stift de Tübingen une chambre avec Hölderlin et Schelling, dans une institution où l'on feignait la vocation pastorale pour obtenir une bourse. Il vit dans une Allemagne qui « n'est pas un État », fascinée par l'unité jacobine française. Pour Pierre Osmo, l'œuvre se joue entre théologie et révolution. D'Hondt raconte ensuite la vie précaire de précepteur à Berne et à Francfort, grâce à des relations maçonniques et aux Illuminés de Bavière. À Iéna, Hegel est professeur extraordinaire sans salaire, payé par ses étudiants, et voit passer Napoléon, « l'âme du monde à cheval », en 1806. Il restera napoléonien, voyant en lui la modernité qui supprime les privilèges et émancipe les Juifs, et se considérera comme libéral au sens subversif de l'époque.

Jean-Pierre Lefebvre explique les deux lectures de la Phénoménologie de l'esprit, écrite à la hâte, alors que Hegel venait aussi de faire un enfant à sa logeuse. On peut la lire comme une introduction aspirée par la Logique, ou comme une anticipation de tout le système, « boule magique » pleine d'imperfections qui contient déjà philosophie de l'histoire, du droit, de la religion et esthétique. Il lit la fin du livre : le savoir absolu comme « souvenir et Golgotha de l'esprit absolu ». Selon lui, ce n'est pas une apothéose : on revient au temps, à l'histoire, à la vie. Osmo expose le système à partir de l'expérience de la scission entre subjectivité et objectivité, désir intérieur et contrainte extérieure. La solution d'abord trouvée dans l'amour, « lien du lien et du non-lien », devient « l'identité de l'identité et de la différence ». Le travail du négatif est la dialectique, et la vérité se confond avec l'effectivité. La théorie de l'État vise à réunir l'universel et le particulier dans la singularité du citoyen.

D'Hondt raconte la carrière tardive de Hegel, devenu professeur titulaire seulement à 46 ans, après Schelling, puis la gloire à Berlin sous le chancelier Hardenberg et le ministre Altenstein. Après la répression du mouvement étudiant, il évoque la « seconde vie » de Hegel : ses répétiteurs successivement arrêtés, les cautions qu'il paya et une visite nocturne en barque sous les fenêtres d'un étudiant emprisonné, au risque d'une balle de sentinelle. Il oppose ce portrait à celui d'un conservateur étroit. Toni Negri voit en Hegel le philosophe incontournable de la modernité, comme Aristote l'était pour le Moyen Âge : celui de la subjectivité, mais aussi de l'ordre et du pouvoir, une pensée « fermée » qui justifie les contradictions de la société bourgeoise et capitaliste. Il appelle à une « césure nietzschéenne » pour en sortir. Gilles Châtelet aime au contraire le Hegel « diaboliquement moderne », celui qu'Hello disait satanique. Il y voit une dialectique de la « joyeuse inquiétude », qui combat les « scléroses de l'entendement » en montrant que tout geste de découpe en mobilise un autre. Il oppose ce Hegel à une société « mise en tonneaux » par la statistique, qui tolère un libre arbitre empirique pour mieux l'encapsuler.

Excerpts

Jean-Pierre Lefebvre sur la Phénoménologie :

“c'est ça le paradoxe de ce livre c'est que il contient déjà tout et en même temps à la limite il n'y a encore rien il contient déjà tout et il est tenu aussi par la conscience que le tout c'est pour plus tard”

Pierre Osmo sur l'amour et la dialectique :

“l'amour se présenteant lui-même comme le lien du lien et du non lien selon une formule que Hegel a pratiqué pendant longtemps et le lien du lien et du non lien c'est ce qui est devenu de manière plus abstraite mais plus fondamentale et plus radicale l'identité de l'identité et de la différence”

Gilles Châtelet sur la joie dialectique :

“c'est la joie qu'on éprouve non pas dans une béatitude mais dans cette espèce de moment extrêmement court et précieux qui la victoire après un combat qu'on a gagné je crois que c'est peut-être l'essence de dialectique”