Bernanos, Jean-Loup & Beck, Béatrix & Juin, Hubert & Hallier, Jean-Edern & Julliard, Jacques & Leclerc, Gérard & Balbont, Luc & de la Roche, Philippe & Bourdet, Gildas & Bernanos, Georges
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Core ideas
Jean-Edern Hallier ouvre en plaçant Bernanos dans la lignée de Voltaire et de Zola, grand écrivain de presse plus libre encore que les ralliés de De Gaulle, et romancier « trop français » face à Dostoïevski. Gérard Leclerc le tient au contraire pour « notre Dostoïevski » : il voulait aller plus loin que Les Possédés, auxquels manquait selon lui le curé d'Ars, et faisait du roman un sacerdoce, le prêtre étant le « clinicien des âmes » dont la lucidité est d'ordre charitable. Jean-Loup Bernanos corrige la légende d'une vocation tardive : des lettres de jeunesse révèlent des romans entrepris dès vingt ans. Pour son père, l'écriture était « imposée », la condition même de sa vie morale. Jacques Julliard voit son actualité dans une écriture qui est l'expression même de l'éthique, une pensée en indignation dans la tradition des polémistes catholiques, de Pascal à Bloy et Clavel. Il rappelle que ce style s'est forgé dans la polémique avec Alain à Rouen.
L'émission suit l'œuvre romanesque. Révolté par l'après-guerre des « Années folles », qui trahit le sacrifice des tranchées, Bernanos écrit Sous le soleil de Satan et sa rencontre du démon sous les traits d'un maquignon. Béatrix Beck commente ce diable à la fois rêvé et vrai, proche du livre de Job. Hallier aime chez Bernanos le problème du mal, que la modernité évacue ; Hubert Juin y voit un christianisme terrifiant du XIXe siècle mais une attitude pascalienne où « tout est grâce ». L'émission évoque aussi, sans complaisance, La Grande Peur des bien-pensants (1931), hommage à Drumont dont l'antisémitisme a durablement marqué l'auteur, la rupture avec l'Action française en 1932, la pauvreté chronique, une famille de six enfants et une trentaine de déménagements. Leclerc lit le Journal d'un curé de campagne comme un optimisme de la grâce malgré l'échec apparent. Hubert Juin lit Nouvelle histoire de Mouchette comme une suite de séquences oniriques. Philippe de la Roche voit dans Monsieur Ouine le portrait de l'homme moderne qui refuse son âme.
À Majorque, la guerre d'Espagne fait de Bernanos le témoin des Grands Cimetières sous la lune, dénonçant la complicité catholique avec l'épuration franquiste et la guerre mécanisée qui ne salit pas les manchettes. Julliard voit en lui le maître du journalisme et salue sa capacité à « trahir son parti » : la critique est efficace quand elle vient de son propre camp. Il rapproche sa politique de l'honneur, ni de gauche ni de droite, des mouvements étudiants de 1986. L'exil au Brésil (1938-1945) met fin aux romans au profit du témoignage sur la vocation spirituelle de la France. Revenu à la demande de De Gaulle, Bernanos est déçu et meurt isolé en 1948, après le Dialogue des carmélites. Gildas Bourdet, qui le monte sans l'avoir lu auparavant, le place auprès de Céline et Proust. Luc Balbont, ancien militant communiste venu en 1978 chahuter une conférence de Jean-Loup Bernanos, raconte comment la lecture de Nous autres Français l'a converti à cet idéal.
Excerpts
Jean-Edern Hallier sur Bernanos et le problème du mal :
“Bernanos n'est pas moderne et c'est en cela que je l'aime aussi parce que pour lui le problème du mal est le problème essentiel de l'humanité. Notre modernité s molassonne et s vieillotte fait tout pour éliminer le problème du mal. [...] Et en cela c'est c'est notre modernité qui est ancienne et c'est Bernanos qui est actuel.”
Lettre de Bernanos citée par Jean-Loup Bernanos sur sa vocation :
“L'écriture m'est imposé hein, c'est le sens même de ma vie. Le métier littéraire ne me tente pas, il m'est imposé. C'est le seul moyen qui m'est donné de m'exprimer, c'est-à-dire de vivre. [...] Nul n'est moins art pour l'art. Nul n'est moins amateur que moi.”
Jacques Julliard sur la capacité de trahir son parti :
“Ce que j'aime chez Bernanos, c'est sa capacité de trahir son parti et dans laquelle je me retrouve tout entier. [...] on est efficace que contre ses propres idées. Contre les idées des autres, on n' pas une efficacité très grande. En revanche, quand Birnanos, parce qu'il est monarchiste, parce qu'il est lié à la droite, dit après un certain temps de réflexion, ce qu'il a à dire sur la guerre d'Espagne, ça un écho infiniment plus grand”