Frémy, Yann
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Core ideas
Le « Bateau ivre » : ivresse des mots et critique sociale. Le poème de 1871 n'est pas qu'une démonstration de force : le bateau du poète concurrence d'autres bateaux, ceux des haleurs, les navires de commerce (blé flamand, coton anglais), les « monitors » armés (guerre de Sécession) et les pontons : Rimbaud dénonce le commerce et le colonialisme bourgeois. Il y a une double ivresse : celle du vin et des vomissures (« les taches de vin bleu »), lavées par la mer, puis celle de la poésie, « plus forte que l'alcool », sur-ivresse de l'amour. Il s'achève sur « Mais, vrai, j'ai trop pleuré », la préférence pour le bateau frêle comme un papillon de mai : le poète doit organiser et maîtriser les illuminations plutôt que subir l'inspiration romantique.
Ivresse, solitude et ivrognerie. À partir de « Roman », « Les Réparties de Nina » (la jeune fille qui répond « Et mon bureau ? »), « Au Cabaret-Vert » ou « Oraison du soir » (« aux raisons du soir » dans les sous-titres, où il boit trente ou quarante chopes et pisse vers le ciel), Frémy montre une ivresse non réciproque, qui devient solitaire puis parodique. Verlaine, dans les bouges de Londres, est l'occasion d'une ivrognerie sombre (Une saison en enfer, « Délires »), jusqu'au coup de feu de Bruxelles. La « Lettre du voyant » (« long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens ») est une méthode que Rimbaud dépasse : les poisons n'ont mené qu'à du déjà vu, et le seul témoignage de haschich est un échec.
Sortir de l'ivresse : la soif d'absolu. Dans Une saison en enfer, l'ivrognerie est mise sur le même plan que le tabac, l'ignorance et les dévouements, des ivresses qui empêchent d'« étreindre la réalité rugueuse » ; « Adieu » dit adieu à l'ivresse, mais le mouvement volontariste final reste suspect. Dans « Comédie de la soif », ni les vins secs, ni les liqueurs, ni les mythes (« Les gens du Titan ») n'étanchent la « soif si folle » : une soif d'absolu, comme le tonneau des Danaïdes. L'émission se clôt sur « On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans », chanté par Léo Ferré.
Excerpts
“« le poète ne doit pas simplement recevoir les illuminations il doit les organiser et doit les maîtriser »”
“« l'amour est en quelque sorte une sur ivresse déclenchée par une ivresse première »”
“« sa soif et définitive une soif d'absolu il n'y a aucune boisson qui ne pourra qui ne pourra y satisfaire »”