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Fœssel, Michaël & Dosse, François

Fœssel, Michaël: philosophe, maître de conférences à l'université de Bourgogne, spécialiste de Kant

Dosse, François: historien, auteur de Gilles Deleuze et Félix Guattari, biographie croisée, invité du journal d'Adèle Van Reeth

L'émission est animée par Raphaël Enthoven, qui ne se nomme pas à l'antenne. Le § 187 de Par-delà bien et mal de Nietzsche est lu par un comédien.

Emmanuel Kant (5/5) : Comment peut-on être kantien ?

Rien ne veut rien dire · Dec 20, 2016 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de bonne qualité.

Core ideas

Michaël Fœssel refuse le kantisme comme philosophie du « juste milieu », un retour à la sobriété après l'ivresse de l'idéalisme allemand, comme le firent les « retours à Kant » du XIXe siècle. Puisque, selon Kant, la philosophie ne s'apprend pas, être kantien, c'est adopter sa méthode critique : réfléchir aux conditions de possibilité d'un énoncé (« les hommes sont libres », « Dieu existe ») plutôt que d'y adhérer ou de le rejeter. Kant a fait subir à la philosophie des tournants définitifs avec lesquels Hegel, Nietzsche ou Heidegger doivent compter. Fœssel veut rendre aux étudiants la « pensée vive, voire écorchée » sous la scolastique du style, et rappelle que Kant donne à la philosophie un sens « cosmique », humain. La métaphysique n'est pas une simple erreur mais une illusion, c'est-à-dire une erreur liée à un désir d'absolu qui accompagnera toujours l'humanité, comme une « maîtresse » vers laquelle on revient. Kant ne l'interdit pas : il réoriente ce désir vers le seul absolu valable pour l'homme, la liberté morale, et refuse de le fixer dans l'être ou dans l'histoire. L'animateur oppose les expériences de l'absolu d'un Nietzsche ou d'un Bergson. Fœssel répond qu'il n'est pas dangereux de chercher l'absolu, mais de prétendre l'avoir trouvé, et parle d'« idéal régulateur ».

Le § 187 de Par-delà bien et mal (« ce qui est respectable en moi, c'est que je sais obéir ») sert de point de départ à l'objection nietzschéenne. La généalogie hérite de la critique en remontant aux conditions d'un savoir, mais pour le délégitimer. Nietzsche reproche à Kant d'avoir intériorisé la loi mosaïque et de produire une servitude d'autant plus solide qu'elle est subjective. Fœssel reconnaît qu'une « idéologie de l'autonomie » produit aujourd'hui de la servitude, par exemple au travail. Il maintient pourtant que la loi morale, exigence d'universalisation, est émancipatrice : elle sert de critère pour juger les contraintes sociales, religieuses ou politiques et les désirs qu'on croit siens. Elle n'est pas un savoir, puisque Kant dit qu'on ne sait pas si un seul acte moral a jamais été accompli. Le kantisme est donc une philosophie de la responsabilité, non de la culpabilité. Les désirs sensibles ne sont pas le mal, qui n'existe que là où il y a liberté.

Le sublime montre que l'absolu naît de la finitude : la liberté est une « transcendance dans l'immanence », une aventure humaine jamais close. Fœssel admet que Kant n'a rien à dire de l'intuition d'autrui ni de l'inconscient, mais qu'en traçant des limites il laisse des champs que rempliront la sociologie ou la psychanalyse. Il juge les philosophies de la liberté, Sartre compris, moins intéressantes que l'étude des déterminismes. Il explique que des kantiens peu vertueux confirment la théorie du mal radical, cette tendance à s'excepter de la loi. Il rappelle que Kant, avec sa marche quotidienne, ne séparait pas le corps de l'esprit. Il juge « aberrante », philologiquement et historiquement, la thèse d'un Kant précurseur du nazisme. Sa critique du droit de résistance visait les contre-révolutionnaires de 1793, qui contestaient la République française, et non à légitimer l'obéissance d'Eichmann. Dans le journal, François Dosse présente sa biographie croisée de Deleuze et Guattari : une « conjonction disjonctive » de deux hommes qui se vouvoyaient, l'éclair et le paratonnerre, réunis par Mai 68, La Borde et la schizo-analyse.

Excerpts

Michaël Fœssel sur ce qu'est être kantien :

“il faut réfléchir aux conditions de cette énonciation aux conditions de cette énoncé réfléchir au fond à ce qui rend possible c'est ça la démarche critique fondamentale une affirmation quelle qu'elle soit y compris une affirmation aussi je dirais massive que celle qui concernerait la liberté des hommes”

Michaël Fœssel sur la métaphysique comme illusion :

“la différence entre le la métaphysique directe comme erreur mettons la critique empiriste et puis la métaphysique comme illusion c'est que l'illusion c'est une erreur associé à un désir quel désir et bien disons-le à désir d'absolu à désir d'inconditionner qui anime la raison humaine”

Michaël Fœssel sur la responsabilité :

“quand ce n'est pas une philosophie de la culpabilité c'est une philosophie de la responsabilité c'est toute la différence je dirais entre la raison théorique et la raison pratique [...] je ne me sais pas coupable donc autrement dit il y a toujours place pour une reprise de soi”