Levinas, Emmanuel
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Core ideas
Un auteur qui s'efface. Le film s'ouvre sur le refus de Blanchot d'« apparaître », sa notice biographique (« sa vie est entièrement vouée à la littérature et au silence qui lui est propre ») et la décision de « faire un film infaisable, rendre visible l'invisible, fêter l'anniversaire d'un absent ». On évoque sa naissance à Quain, ses études à Strasbourg où il rencontre Levinas (« d'une extrême intelligence », très à droite alors, sans aucun opportunisme), puis sa carrière de journaliste dans les années 1930 (Journal des débats, Combat, L'Insurgé), en rupture avec Maurras par une position plus « révolutionnaire », nationaliste, antiparlementaire et spiritualiste, mais se démarquant dès 1933 des antisémitismes et fascismes. Le commentateur pose les questions que l'œuvre impose : l'ambiguïté de la parole journalistique, la responsabilité des fréquentations (l'amitié avec Levinas et Paul Lévy, la correspondance avec Drieu, plus de cent soixante-dix chroniques littéraires dans un journal pro-hitlérien sous l'Occupation, des Juifs sauvés), la « transformation des convictions » d'un journaliste d'extrême droite devenu penseur d'extrême gauche. À travers Thomas l'obscur, Aminadab, Le Très-Haut, le corps de Thomas, vidé d'organicité, devient la question « quel corps pour quelle pensée », loin d'un corps cuirassé, fasciste.
Bataille, Auschwitz, la littérature possible. La rencontre avec Bataille (pendant la guerre) est analysée comme une « étrange réciprocité » : Bataille pense que l'expérience est la mort, Blanchot propose que c'est le mourir, que la mort est ce qui n'arrive pas (L'Arrêt de mort), et cela permet à Bataille de rétablir le sens qu'il cherchait à la communication (« la communication, c'est l'incommunicable. La communauté, c'est l'absence de communauté. »). Un commentateur voit dans La littérature et le droit à la mort (1947-48) une réponse implicite à Auschwitz, sans que le mot soit prononcé : « Comment va-t-on rendre la littérature possible après Auschwitz ? » Blanchot transforme la mort en impossibilité de mourir et fait de cet « arrêt de mort » l'espace même de la littérature (le chasseur Gracchus de Kafka), ce que le commentateur ose questionner pour les générations futures. Les récits d'Èze (Au moment voulu, Celui qui ne m'accompagnait pas, Le Dernier homme) mettent la douleur à nu, sans pathos ; Claudia, la cantatrice, est un « chant d'avant le chant ».
Amitiés, politique, communauté. Un témoin proche de Dionys Mascolo décrit Blanchot après 1958 : réunions rue Saint-Benoît, rédaction du manifeste des 121 (l'appel à l'insoumission), revue internationale avec l'écriture fragmentaire imposée par Blanchot, comité écrivains-étudiants de Mai 68, où il donne « la traduction exacte » de ce qui est confus : sa façon de vivre est d'être contre « le plus possible, le plus haut possible et le plus profond possible ». Le film inclut les textes de Levinas (« il n'y a pas de secret », tout doit devenir public), de Nancy (la communauté après l'effondrement du modèle communiste : l'écriture n'est pas un objet formel mais un rapport d'adresse ; « il n'y a pas moins nihiliste que Blanchot »), et la lecture de L'Instant de ma mort, où le jeune homme fusillé éprouve un « sentiment de légèreté » et où « je suis vivant. Non, tu es mort. Qu'importe. » La fête s'achève sur un message collectif d'amitié et de reconnaissance pour une œuvre et une présence « si proche en son retrait ».
Excerpts
“« sa vie est entièrement vouée à la littérature et au silence qui lui est propre »”
“« Comment va-t-on rendre la littérature possible après Auschwitz »”
“« La communauté, c'est l'absence de communauté. »”