Becker, Colette & Mitterand, Henri & Pagès, Alain & Cadet, Alain
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Core ideas
Le documentaire suit la « fabrique » des Rougon-Macquart à partir des dossiers préparatoires conservés à la Bibliothèque nationale et à la Méjanes d'Aix, souvent plus volumineux que les romans eux-mêmes. On y voit fonctionner ensemble l'intelligence d'un enquêteur et la « folie d'un inspiré ». À Valenciennes, Alain Cadet refait le parcours de Zola en février 1884 aux mines d'Anzin, alors la plus grande entreprise du monde par le nombre d'ouvriers. Il montre comment, sur les bords de l'Escaut, l'écrivain a assemblé des lieux réels en une géographie cohérente mais inversée de Germinal. À la gare Saint-Lazare, des cheminots comparent la Lison de La Bête humaine, pour laquelle Zola fit le trajet jusqu'à Mantes sur la plateforme d'une locomotive, au silence des machines électriques. Un ancien mineur décrit la descente dans la cage, que les notes de Zola rendaient déjà en sensations.
Les universitaires décrivent la méthode : un thème d'abord (le ventre, la terre), une ébauche avec un drame, puis l'enquête sur le terrain, brève mais d'une rapidité photographique, proche du reportage, avec des entretiens qui vont du directeur du Bon Marché à la vendeuse. Colette Becker explique que le « roman expérimental », formule employée dès 1866, emprunte surtout à Claude Bernard l'imagination du savant qui construit des hypothèses. Ce qui a choqué, c'est le brouillage des frontières entre science et littérature. Zola s'inscrit dans le grand mouvement d'encyclopédisme et d'instruction des masses de son temps. Fin connaisseur de la presse et de la publicité, il conçoit le roman comme une entreprise de dévoilement, visant une société plus juste. Henri Mitterand met en garde contre cette « vulgate » : le matériau premier de Zola est l'image plus que le document. Ami des peintres, il compose des scènes à la Renoir et des notes presque cinématographiques. Il écrit le corps et le désir plutôt que la psychologie, et une note sur les Halles devient sous sa plume un décor babylonien ou futuriste.
L'émission retrace enfin le chemin vers l'affaire Dreyfus. Le dossier de Germinal montre un dénouement d'abord pessimiste, retourné après la rencontre de mineurs en grève résolus, d'où l'image tardive de la germination. Alain Pagès voit dans la connaissance du mécanisme social et judiciaire acquise par les romans la source de l'engagement. Les notes de L'Argent reflètent l'antisémitisme ambiant, mais l'expérience de ce dossier et la montée de Drumont conduisent Zola à l'article « Pour les Juifs » de 1896. Sollicité par Scheurer-Kestner, il est convaincu par les pièces du dossier, et l'acquittement d'Esterhazy le pousse à publier J'accuse, cri de journaliste contre tout l'appareil d'État. Viennent ensuite les romans à thèse des Trois Villes et des Évangiles, où Zola rêve le XXe siècle et en entrevoit les guerres et les dictatures.
Excerpts
Henri Mitterand sur l'image chez Zola :
“le matériau fondamental des romanzolas c'est peut-être moins le document que l'image il faut il faut tenir compte des deux choses sinon on tombe dans le discours de la Vulgate pédagogique qui écrase là en en faisant justement on en faisant rien d'autre qu'un savant qu'un journaliste alors que c'est un c'est un gigantesque poète”
Un universitaire sur la naissance de l'idée de germination :
“la première idée qu'il a déjà terminale c'est un roman tout à fait pessimiste c'est-à-dire qu'il voyait un dénouement qui recouvrait très exactement le l'entrée en matière [...] il a vu des mineurs en grève et il l'a vu des choses auxquelles il ne s'attendait absolument pas des mineurs tout à fait raisonnables résolues il a eu donc une sorte de déclic”
Alain Pagès sur J'accuse :
“j'accuse c'est ce grand cri de la rue et ses manifestations et cette agitations de la rue c'est de toute évidence un acte de journaliste”