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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Clément, Bruno

Clément, Bruno

professeur à Paris 8, auteur de L'Œuvre sans qualités. Rhétorique de Beckett, Seuil, 1989

L'absurde (2/5) : Samuel Beckett

Rien ne veut rien dire · Oct 26, 2016 · partial coverage

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Coverage note: full (environ cinquante minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec des erreurs de reconnaissance, notamment sur les noms propres)

Core ideas

Godot, les noms et la langue. Clément refuse d'identifier Godot à Dieu (Beckett l'a toujours refusé) : le nom joue sur plusieurs registres (le god anglais, les « godillots » du début, les deux consonnes de « Gogo » et « Didi »), et la pièce mêle des questions religieuses et métaphysiques (les deux larrons) à des questions triviales (les carottes). Les quatre noms des personnages portent chacun une langue (Lucky anglophone, Vladimir russe, Pozzo italien, Estragon français, quasi-anagramme de stranger), ce que Clément relie au « mal dire » programmé par Beckett dans sa lettre de 1937 : « faire sombrer la langue dans le discrédit », mettre à mal sa langue maternelle ; il n'a jamais renoncé à l'anglais (il traduisait jusqu'à sa mort), mais a choisi le français comme langue étrangère, plus ténue.

Pas de philosophie, un travail formel. Clément récuse la lecture par Camus (Beckett, dans un de ses romans, l'assassine en une phrase) et préfère le rapprocher de Bobby Lapointe : le travail sur le langage, le jeu de mots, la dérision. Beckett n'est pas l'homme de la métaphore, qu'il démystifie dès qu'il l'emploie ; l'attente, la misère de l'homme sans dieu et le divertissement pascaliens sont présents mais ce n'est pas « son affaire » de penser : « il s'agit pas de promouvoir l'absurde, il s'agit de se débarrasser en littérature de la question du sens » (Vladimir : « tout ceci devient vraiment insignifiant » ; Estragon : « pas encore assez »). La pièce reprend les unités classiques de temps, de lieu et d'action mais en fait non plus la condition mais le sujet du drame ; elle superpose deux temporalités, un temps cyclique (la ritournelle) et un temps linéaire (l'arbre qui a des feuilles, Pozzo aveugle et Lucky muet).

De Godot à Fin de partie. Fin de partie (1957) marque un virage : du décor extérieur (une route, un arbre) à un intérieur nu, le « lieu du crâne » (Golgotha), peut-être le crâne même ; trois générations de personnages (Nagg, Hamm romancier, Clov) correspondent à trois générations esthétiques et à trois genres littéraires (théâtre, roman, poésie : la pièce se termine sur une citation tronquée de Baudelaire, « Recueillement »). Clément conclut que ces pièces, les plus commentées du siècle, se prêtent à toutes les interprétations (l'utopie, le présent), mais qu'ignorer le combat formel de Beckett (renouveler les genres) serait dommage.

Excerpts

“« il s'agit pas de promouvoir l'absurde il s'agit de se débarrasser en littérature de la question du sens »”

“« le fonctionnement du temps chez beckett est un fonctionnement qui est inédit »”

“« il n'a jamais renoncé à l'anglais »”