Taurand, Gilles & Génetiot, Alain & Merlin-Kajman, Hélène & Plazenet, Laurence & Sellier, Philippe
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (environ cinquante-trois minutes ; sous-titres YouTube automatiques en français, très fautifs par endroits : la parole des intervenants est parfois inintelligible, des noms sont déformés)
Core ideas
Mondanité, secret et préciosité. L'émission présente Madame de La Fayette comme écrivaine et femme du monde, qui ne signe jamais ses romans, par respect d'une noblesse pour qui « se commettre au métier des lettres » est déroger, et qui entretient l'ambiguïté sur l'auteur. Un intervenant lie le secret à la mondanité (connivence, sous-entendus, roman à clef), et rappelle que ses amis l'appelaient « le brouillard » tandis que La Rochefoucauld, son grand ami, était « la franchise ». Elle est replacée dans le réseau des précieuses (hôtel de Rambouillet, Madame de Sévigné, Scudéry) : avant-garde féminine qui revendique une singularité supérieure et une galanterie fondée sur la tendresse plutôt que sur la sexualité, et la naissance collective des femmes de lettres. Elle est décrite comme cultivée (latin, italien, espagnol), femme d'affaires, au caractère dérobé : sa correspondance se tait après les premières joies de la publication, et on ignore tout de son chagrin à la mort de La Rochefoucauld.
Un même scénario, des variantes, et la Princesse de Clèves. Les intervenants repèrent dans les romans (La Princesse de Montpensier, La Comtesse de Tende, Zayde, La Princesse de Clèves) un scénario récurrent : une femme mariée sans amour s'éprend d'un autre homme, et de roman en roman l'héroïne s'éloigne de l'amant et se rapproche d'un salut intime, jusqu'à la retraite de la princesse de Clèves. Ils soulignent la vision augustinienne et sombre de l'amour (passion qui mène à la folie et à la mort, rapprochement avec Pascal et La Rochefoucauld), l'effet de brume d'un roman historique « sans calendrier et sans horloge », la pénétration progressive de la conscience de l'héroïne, et des scènes proches du conte merveilleux (Coulommiers, Nemours qui regarde Madame de Clèves, la scène aux flambeaux) greffées sur un sujet « moderne ». Les débats de l'époque (querelle du vraisemblable, Mercure galant, Valincourt et l'abbé de Charnes) tournent autour de la scène de l'aveu, jugée invraisemblable ou saluée comme sublime, et Taurand y voit un acte de renoncement subversif plutôt qu'un simple conformisme.
Mélancolie et fin. Les lettres de la fin de sa vie évoquent la mélancolie et les vapeurs de Madame de La Fayette ; l'émission se clôt sur la lettre de Madame de Sévigné qui décrit sa mort, le 3 juin 1693, après des années de souffrances physiques. Merlin-Kajman rappelle la « chambre du sublime » de 1675, où elle est la seule femme représentée.
Excerpts
“« l'idée de secret c'est une idée qui est consubstantielle à la mondanité »”
“« c'est un roman sans calendrier et sans horloge »”
“« ça n'était pas de passer à l'acte c'était de renoncer au passage à l'acte »”