Rosset, Clément
▶ Watch on YouTubeCoverage note: partial (environ quarante minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, de très mauvaise qualité sur une grande partie de l'entretien : plusieurs réponses de Rosset sont brouillées ou incompréhensibles ; ce résumé ne retient que ce qui est clair)
Core ideas
L'absurde et l'irrationalisme avant le pessimisme. Rosset dit voir en Schopenhauer un philosophe de l'absurde, de la « facticité », d'un monde sans origine ni finalité, plutôt qu'un simple pessimiste : « le monde est en un sens irrationnel et sans joie aux yeux de Schopenhauer », mais l'absence de joie n'est pas l'effet de l'ontologie. Cette posture, dit-il, a été oubliée par l'existentialisme alors que La Nausée de Sartre (un roman de l'immanence, un monde qui est à lui-même sa propre fin) en est tributaire ; Schopenhauer a connu une éclipse au XXᵉ siècle. Plus importants que le pessimisme sont l'irrationalisme et le renversement du primat de la raison : le désir dicte nos pensées (une idée que Spinoza partageait, malgré les sarcasmes de Schopenhauer).
Trois convergences avec Nietzsche. (1) La fin de la royauté de la raison pure : la raison est subordonnée à des facteurs pulsionnels, d'où l'idée que les philosophies sont des « mémoires intimes » et que Schopenhauer est le premier « généalogiste ». (2) La Selbstdenken : Nietzsche apprécie chez lui la faculté de penser par soi-même, le dos tourné à la philosophie universitaire. (3) La musique : Schopenhauer est le premier à faire de la musique le premier des arts, expression du secret de l'être (la volonté). Nietzsche, dans Schopenhauer éducateur, décrit son effet : honnêteté, sérénité, constance (« il est honnête parce qu'il parle et écrit pour lui-même et à lui-même »). Rosset signale que Schopenhauer n'a jamais aimé Wagner, qui en a été influencé sur le plan philosophique mais non sur la musique. Le voile de Maya et l'illusion de l'individualité sont repris par Nietzsche dans La Naissance de la tragédie (le dionysiaque comme réconciliation).
Où ils divergent. La pitié et la morale : Nietzsche a poursuivi la morale d'un bout à l'autre, alors que Schopenhauer en fait la deuxième étape de la libération du vouloir-vivre (l'esthétique étant la première, la négation de la volonté la troisième) ; il y a un rapport profond avec le bouddhisme (vaincre la souffrance), alors que Nietzsche affirme la joie, plus profonde que la souffrance. Rosset parle de l'amour comme d'un poison et illustre par la chanson de Brigitte Fontaine (« les dieux sont sourds, faisons l'amour »), évoque la misogynie de Schopenhauer (essai sur les femmes), qui participe de la dissolution de l'individu dans l'espèce, et termine sur la question de savoir si Schopenhauer a assez médité l'intensité du plaisir sexuel.
Excerpts
“« le monde est en un sens irrationnelle et sans joie aux yeux de schopenhauer »”
“« il est honnête parce qu'il parle et écrit pour lui même et à lui-même »”
“« c'est à dire la faculté de penser par soi-même »”