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Lemaire, Jean-Pierre

poète, auteur de L'Intérieur du monde

Écrire la poésie (5/5) : L'appel et la réponse

Rien ne veut rien dire · Dec 10, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full (environ vingt-trois minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec des erreurs de reconnaissance ; les poèmes lus sont résumés plutôt que cités in extenso)

Core ideas

L'inspiration comme songe qui augmente le réel. Lemaire inscrit sa poésie dans une inspiration religieuse : le réel ne nous est pas montré en entier, une part nous est dérobée, et la rêverie du poète est le lieu où advient la parole de ce qui est sans voix ; le poète donne la parole à ceux qui la demandent obscurément. Dieu est discret, il fait signe dans les marges. Il rapproche cette inspiration du duende de Lorca (extrait de « Théorie et jeu du duende ») : une demande étrangère, qui surgit en nous comme venue de l'étranger en nous, d'où la surprise toujours renouvelée d'un poème même appris par cœur. La question du discernement (Ignace de Loyola) se règle en écoutant ce qui demande la parole.

Transmission, immigrés, enfants. Un poème pour son père, mort, dit « tu as rejoint l'énigme de tes pères » et cherche des mots que ses enfants puissent interroger ; un autre, « Immigrés », compare les immeubles illuminés à des stèles couvertes d'une écriture indéchiffrable et lie le poète, d'abord analphabète à chaque poème, à ceux qui débarquent dans un pays inconnu. Autres lectures : « Il est descendu aux enfers » (un gisant espagnol et le corps de son père), « Vin de glace » (prière tirée de la vendange tardive), la section « Album » consacrée à sa fille, « Petits contes ». Lemaire note aussi la « Prière du soir » de Georges Schéhadé et des poèmes sur des tableaux (Klee, Chagall, Giotto, Bréa), plus faciles parce que le peintre a déjà cadré la réalité.

Rythme, Claudel, silence. Il voulait d'abord être musicien ; Paul Claudel l'a libéré du « corset du vers » par le verset fondé sur la respiration plutôt que sur le décompte mécanique (extrait de la Muse qui est la Grâce), mais il n'a pas le souffle de cette ampleur et s'en méfie, car il lui fallait « réconcilier les mots avec la réalité ». Il fractionne l'alexandrin en 6+5 ou 5+6, choisit l'impair (Verlaine), des poèmes plus courts depuis la mort de son père, et un peu de prose pour décrire la banlieue. Aujourd'hui il écrit beaucoup moins (quatre ou cinq poèmes par an), mais pense que la poésie, même marginale et peu visible, continue.

Excerpts

“« la rêverie du poète est le lieu où advient cette étrange parole de ce qui est sans voix »”

“« chaque poème réapprend à parler »”

“« je préfère l'impair au père parce que l'imper finalement nous laisse libres »”