Maulpoix, Jean-Michel
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Core ideas
Un poète isolé, une œuvre-épopée. Les intervenants présentent Ghil (1862-1925) comme un poète oublié, relégué sous l'étiquette « symbolisme », mort au moment où naît la poésie moderne (manifeste du surréalisme), et resté isolé par la violence de sa langue, faite de torsions de syntaxe, de néologismes, de hiatus et de coups de trompette qui détonnent au milieu de l'« évanescent » symboliste. Maulpoix voit en lui une « terminale » de l'aventure poétique du XIXe siècle qui anticipe l'unanimisme, d'autres le jugent plus étrange que barbare, un excès qui est « intéressant ». Son grand projet, L'Œuvre, est une épopée du monde, de la création au monde moderne, d'inspiration scientifique, alors même que l'homme est décrit comme très accueillant, admiré du jeune Apollinaire. Sa vie fut tranquille (rente familiale, rue Lauriston), marquée par la rencontre en 1900, à l'Exposition universelle, de deux jeunes Malaises, et par Le Pantoum des pantoums (1902).
Mallarmé, l'instrumentation verbale et la brouille. Un intervenant résume les cinq articles de 1885 d'où naîtra le Traité du verbe (1886) avec l'« avant-dire » de Mallarmé : le symbole, l'unité de l'œuvre, et surtout l'« instrumentation » qui fait correspondre voyelles, couleurs et timbres d'instruments, de sorte que « écrire un poème c'est faire un tableau et c'est faire une composition musicale ». La lettre de Ghil au Figaro (28 août 1887) qui présente un groupe « symboliste instrumentiste » irrite Mallarmé, puis la rupture, en 1888, s'accompagne du passage de Ghil au positivisme, à l'évolutionnisme (Darwin, Spencer) et à une « poésie scientifique » (Méthode à l'œuvre, 1891). Ghil avait prophétisé dans un texte de 1925 que « la poésie sera une science ou ne sera pas ».
Postérité : unanimistes, Marinetti, Aragon. Delvaille et Décaudin rapportent l'influence de Ghil sur les unanimistes, le groupe de l'Abbaye, Jules Romains, peut-être Marinetti (poèmes sur la vitesse, mots rapprochés brutalement), puis sur André Breton et Aragon, qui l'appelle « le bel oublié » ; ils discutent aussi l'exotisme oriental du Pantoum (Aden, Rimbaud, Claudel, Loti) et la confrontation du français avec le malais. Quelques chansons très mélodiques (« En m'en venant au tard de nuit… ») contrastent avec le reste de l'œuvre « touffue », et Noël juge que l'excès de Ghil ne brise pas la langue mais la fait chanter à son intensité maximale. L'obscurité est aussi matérielle : il est difficile de le lire parce qu'il est introuvable.
Excerpts
“« il en fait trop il en fait trop mais c'est ce trop qui est intéressant »”
“« écrire un poème c'est faire un tableau et c'est faire une composition musicale avec des instruments »”
“« dans 50 ans le poète sera celui qui commandera à des machines phonétiques la poésie sera une science ou ne sera pas »”