Roy, Claude
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Deux obsèques, deux hommes. L'émission s'ouvre sur les deux enterrements de Claudel : l'hommage officiel à Notre-Dame, ambassadeur et académicien, puis l'enterrement villageois à Brangues, sous le soleil, avec les pompiers et la chorale. Claude Roy dit ses sentiments contradictoires (le Claudel inquisiteur, conservateur, « avec tous les Jupiter contre tous les Prométhée ») et son admiration, devant le vieil homme, pour l'écrivain qui est « notre Shakespeare, notre Eschyle, notre Goethe ». Claudel (né en 1868 à Villeneuve-sur-Fère, dans l'Aisne) raconte au micro de Jean Amrouche ses origines (le Tardenois austère, une famille mécontente, sa sœur Camille) et sa conversion, due à la lecture de Rimbaud (Illuminations, mai 1886), puis à l'illumination de Noël 1886 à Notre-Dame : « j'avais eu tout à coup le sentiment déchirant de l'innocence de l'éternelle enfance de Dieu ». Fumet précise le besoin d'unité (monisme), de « l'assembleur des deux mondes ».
Le théâtre, la Chine et le péché. Tête d'or (1889), tiré à cent exemplaires, rencontre explosive de Rimbaud et de Shakespeare, ne sera joué à Paris qu'en 1958 (Barrault). Reçu au concours des consulats (1890), Claudel est en Chine de 1895 à 1909 ; la rencontre sur un bateau d'une femme mariée, après une tentation monastique à Ligugé (les bénédictins), nourrit le Partage de midi, premier grand dialogue d'amour de la scène française. Marié en 1906 à la fille de l'architecte de Fourvière, il écrit L'Annonce faite à Marie (1911), L'Échange, L'Otage (triomphe en 1914 avec Lugné-Poe), puis, ambassadeur à Rio, Copenhague, Tokyo, Washington, Le Soulier de satin : pour Madaule, « c'est le consentement qui fait le mariage et ce n'est pas l'amour », tension entre amour et mariage, entre amour du monde et amour de Dieu.
L'ambassadeur, le méconnu. Hoppenot décrit un Claudel compartimenté, avec « des cloisons à peu près étanches » (messe à l'aube, écriture, travail diplomatique, promenade solitaire, repas à la table de l'ambassade), efficace dans l'économie (ravitaillement, café, prédictions de la crise de 1929), excursions dans la forêt tropicale ; l'ami fidèle Philippe Berthelot, dont la mort l'agenouille. Longtemps méprisé (une salle presque vide pour L'Échange en 1937, l'Académie française perdue au profit de Claude Farrère avant d'y entrer), il est un homme pour qui les honneurs comptaient et qui plaisantait. Le programme annonce que « le destin de Paul Claudel commence » dans la seconde émission.
Excerpts
“« j'avais eu tout à coup le sentiment déchirant de l'innocence de l'éternel enfance de dieu une révélation ineffable »”
“« c'est le consentement qui fait le mariage et ce n'est pas l'amour »”
“« il y avait vraiment des cloisons à peu près étanche »”