Bouveresse, Jacques
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Core ideas
Savoir et pouvoir : solidarité ou identification ? Bouveresse admet avec Foucault qu'il existe une solidarité entre connaissance et pouvoir (le psychiatre à l'asile, les mathématiques dans notre culture), mais refuse la dérive de certains postmodernes qui réduisent le savoir au pouvoir, puis font de la vérité elle-même une instance répressive : ce qui peut être oppressif, c'est l'usage que font de la vérité des gens qui croient la détenir, non la vérité. Il reproche à Foucault une lecture limitée de Nietzsche, concentrée sur la période dite « des Lumières » (Humain, trop humain) et peu attentive à L'Antéchrist, mais rappelle que Foucault revendiquait un usage libre des auteurs (« faire grincer et crier »).
Ce que dit Nietzsche de la vérité. Bouveresse insiste sur trois points. Il n'existe, selon Nietzsche, ni instinct de la vérité ni connaissance pure et désintéressée : ce que nous voulons en voulant la vérité est toujours autre chose (avantages, pouvoir), tandis que le besoin de croyance est fondamental. Cela ne rend pas la connaissance impossible, seulement plus difficile : l'esprit libre, qui demande des raisons et non des croyances, a plus de chances d'atteindre le vrai, et la question de l'origine de la connaissance est distincte de celle de sa valeur. Il distingue connaissance et croyance (on ne sait que ce qui est vrai), défend le concept ordinaire de vérité (Aristote) contre celui de Foucault qui dissocierait connaissance et vérité, et souligne la différence entre la vérité et la véracité (Bernard Williams) : l'exigence de véracité, poussée loin, peut être fatale à nos croyances et à la vérité elle-même, d'où la tension douloureuse de Nietzsche.
Religion, preuve de force et perspectivisme. À partir de l'extrait de L'Antéchrist (notamment le § 50), Bouveresse commente l'idée que le christianisme sait qu'il importe peu que quelque chose soit vrai, pourvu qu'on le croie, et que la « preuve par la force » (salut, plaisir, utilité) n'est pas une preuve de vérité : « la foi procure la félicité, par conséquent elle ment ». Il évoque la difficulté de se rapprocher de la vérité (« quelle dose de vérité un esprit supporte-t-il »), le statut des vérités scientifiques comme « erreurs utiles » chez Nietzsche, qui suppose pourtant un concept plus profond de vérité philosophique, et le perspectivisme, inoffensif tant qu'il s'agit de perspectives sur une même chose, relativiste lorsqu'il ne reste que des perspectives.
Excerpts
“« il y a pas d'instinct de la vérité »”
“« l'exigence de véracité peut être poussée tellement loin qu'elle finit par être fatale à la vérité »”
“« il y a une différence fondamentale entre la connaissance et la croyance »”