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Brugère, Fabienne & Benasayag, Miguel

Brugère, Fabienne: philosophe, codirectrice du numéro « Foucault et les Lumières » de la revue Lumières

Benasayag, Miguel: philosophe et psychanalyste, invité du journal d'Adèle Van Reeth

L'émission est animée par Raphaël Enthoven, qui ne se nomme pas à l'antenne. Des extraits de « Qu'est-ce que les Lumières ? » de Foucault, du Peintre de la vie moderne de Baudelaire et du Neveu de Rameau de Diderot sont lus par Jean-Louis Jacopin. Dans le journal, Adèle Van Reeth reçoit Miguel Benasayag pour Organismes et artefacts, puis signale un essai de Maxime Coulombe sur les jeux vidéo.

Michel Foucault (4/5) : Foucault et les Lumières

Rien ne veut rien dire · Mar 26, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne.

Core ideas

Fabienne Brugère décrit un rapport à double tranchant. Dans Surveiller et punir, les Lumières qui ont découvert les libertés ont aussi inventé les disciplines : le droit de punir du XVIIIe siècle est moins humaniste que plus économique et plus contrôlant. Mais les Lumières reviennent en fin de parcours comme une question plutôt qu'une période, avec « Qu'est-ce que la critique ? » et le commentaire de « Qu'est-ce que les Lumières ? » de Kant. Foucault écarte la lecture humaniste et progressiste des Lumières. À l'animateur qui le rapproche de l'ambivalence de Rousseau, Brugère répond que Foucault s'intéresse peu à Rousseau. Elle souligne que la révolution n'est pas chez lui le signe d'un progrès, comme dans Le Conflit des facultés, mais la figure du soulèvement, où des sujets se gouvernent eux-mêmes.

Commentant le texte sur Kant, Brugère juge que Kant, l'adversaire préféré de Foucault, est salué pour avoir inauguré un nouveau rapport au présent et mis de l'histoire dans la métaphysique. Foucault relève pourtant un « tour de passe-passe » dans la distinction entre usage privé de la raison, où il faut obéir, et usage public, où l'on raisonne librement. Les Lumières deviennent un ethos, une « critique de notre être historique ». La sortie de la minorité vise des dépendances concrètes, envers un livre, un directeur de conscience ou un médecin, et demande un acte de courage. Brugère montre que le descriptif rejoint ici le prescriptif, dans « l'art de n'être pas tellement gouverné » et les contre-conduites opposées à la conduite des conduites. Elle décrit une philosophie contextuelle, toujours du côté de l'instabilité. Avec Baudelaire, la modernité devient une attitude plutôt qu'une période : elle consiste non à suivre la mode mais à ressaisir l'éternel dans le transitoire et à « héroïser » le présent, comme dans l'habit noir qui dit la mort.

Brugère y voit une nostalgie du philosophe-artiste, l'art allant plus loin que la philosophie dans la capture du présent. Elle distingue l'homme de modernité, qui transfigure, du flâneur, qui collectionne, et situe Foucault dans « l'ontologie du présent » de Nietzsche, Hegel, Weber et l'école de Francfort, opposée à l'analytique de la vérité. Elle rattache la biopolitique, gouvernement des populations, à la crise du despotisme au XVIIIe siècle. À propos du Neveu de Rameau, que Foucault dit avoir fait plus contre la raison cartésienne que Locke, Hume et Voltaire, elle évoque une littérature qui contamine la raison par la déraison plus vite que la philosophie. Elle rapproche aussi le style de Foucault d'une façon de défigurer les épistémès. Elle distingue un dehors inclus, comme la folie réduite à la déraison, et un dehors littéraire préservé, sauvage dans le premier Foucault. Dans le journal, Miguel Benasayag critique l'illusion d'un vivant « déplié » et améliorable par l'artefact. Il plaide pour une réflexion éthique menée de l'intérieur même de la biologie, entre une hybridation qui virtualise la vie et une autre qui la développe.

Excerpts

Foucault (lu) sur la modernité selon Baudelaire :

“pour lui être moderne ce n'est pas reconnaître et accepter ce mouvement perpétuel c'est au contraire prendre une certaine attitude à l'égard de ce mouvement et cette attitude volontaire difficile consiste à ressaisir quelque chose d'éternel qui n'est pas au delà de l'instant présent ni derrière lui mais en lui”

Fabienne Brugère sur l'usage de la raison chez Kant :

“il ya presque un tour de passe-passe [chez kant] qui nous dit obéissez et raisonnée et qui sépare donc en cela un usage un usage privé de la raison dans la vie quotidienne [...] il faut obéir et puis [...] un usage public de la raison moment où s'instaure comme sujet universel face à une communauté d'être raisonnable”

Fabienne Brugère sur le Neveu de Rameau :

“ce que montre bien du coup le neveu de rameau c'est que la raison n'est jamais pure qu'elle est toujours contaminés par la déraison et précisément la littérature en la matière est beaucoup plus et beaucoup plus maligne”