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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Peeters, Benoît & Crépon, Marc & Derrida, Jacques & Giovannoni, Augustin & Van Reeth, Adèle

Peeters, Benoît & Crépon, Marc & Derrida, Jacques & Giovannoni, Augustin & Van Reeth, Adèle

Peeters, Benoît: écrivain, biographe de Jacques Derrida

Crépon, Marc: philosophe, directeur de recherche au CNRS, coéditeur des derniers séminaires de Derrida

Derrida, Jacques: archives

Giovannoni, Augustin: philosophe, auteur des Figures de l'homme trompé, invité du journal de fin d'émission

Van Reeth, Adèle: productrice, journal de fin d'émission

Un extrait d'Œdipe à Colone est lu par un comédien.

Les spectres de Derrida (5/5) : Derrida, penseur politique et éthique

Rien ne veut rien dire · Jul 5, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de bonne qualité ; l'émission inclut un journal de fin d'émission sur la duperie de soi et l'annonce d'un séminaire sur *L'Esprit des lois*.

Core ideas

L'émission part d'une archive où Derrida rêve d'un « contretemps » politique ajusté non au présent mais à ce qui, dans le présent, n'est pas présent. Benoît Peeters explique pourquoi Spectres de Marx paraît en 1993, à contretemps. Derrida s'était tu sur Marx quand le marxisme était une doxa autour d'Althusser et de Tel Quel (en 1971, il écrivait qu'il n'interviendrait que lorsqu'il aurait trouvé la juste manière de le lire). Il prend la parole quand le triomphalisme néolibéral jette Marx aux orties, et Peeters y voit aussi un dialogue posthume avec Althusser, mort en 1991. Marc Crépon souligne la critique de Fukuyama et de la « fin de l'histoire » : la pensée politique de Derrida est une pensée de la promesse, une « messianicité sans messianisme » qui rouvre l'histoire. Crépon refuse l'idée d'un tournant politique tardif : la déconstruction d'une souveraineté sûre de sa présence était politique dès le départ, et le déclin du marxisme lui a seulement permis de le dire. L'« hantologie » dit que ce qui est mort ne l'est jamais tout à fait.

Pour situer Derrida dans la pensée politique du siècle, Crépon dégage deux principes : une allergie à toute appartenance communautaire et à la première personne du pluriel, et le refus de toute caution à la violence politique meurtrière, qui le distingue de Sartre. Peeters ajoute le traumatisme de la guerre d'Algérie, vécue avec des positions proches de Camus : anticolonialiste mais persuadé qu'un autre « vivre ensemble » était possible. Il rappelle aussi la mort de Derrida au même âge et de la même maladie que son père. Crépon présente le séminaire sur la peine de mort. Derrida y conteste le droit à la vie comme principe inconditionnel, relève les militants américains à la fois anti-avortement et favorables à la peine capitale, et voit dans la peine de mort le vol de l'indétermination de notre finitude, une mort calculée par l'État. Il évoque l'auto-immunité, quand un État se protège du terrorisme par des mesures qui se retournent contre lui.

Une archive de Derrida pose qu'on ne peut pardonner que l'impardonnable : un pardon visant la réconciliation est un calcul thérapeutique, utile en politique mais pas un pardon pur. Peeters rapproche et distingue cette position de celle de Jankélévitch et souligne la générosité croissante de Derrida envers Ricœur et Levinas. Crépon parle d'une « éthique hyperbolique » qui sort le sujet de ses limites, et de l'hospitalité inconditionnelle, qui ne demande même pas son nom à l'arrivant. Peeters décrit l'engagement pour les sans-papiers, mal compris du gouvernement Jospin, comme un principe à maintenir au cœur de toute négociation. Pour Crépon, l'hospitalité est au centre de l'œuvre, puisque l'événement est ce qui arrive et que chaque acte de langage doit l'accueillir. Dans le journal, Augustin Giovannoni analyse la duperie de soi chez un sujet relationnel.

Excerpts

Marc Crépon sur la pensée politique de Derrida :

“si il y a une pensée politique de dérida et je crois qu'il y en a une elle doit toujours être ramenée à sa pensée de la promesse et donc le geste de Derrida c'est de dire loin d'être dans la fin de l'histoire nous devons penser ce qui peut encore advenir nous devons réouvrir l'histoire aux promesses”

Jacques Derrida, en archive, sur le pardon :

“dans la pureté de son concept un tel pardon devrait être impossible que d'ailleurs on ne peut pardonner que l'impardonnable que si on pardonne ce qui est pardonnable facilement pardonnable pardon pas donc on doit pardonner ce qui est impardonnable et donc faire l'impossible”

Marc Crépon sur l'hospitalité :

“l'événement c'est ce qui arrive c'est un arrivant et donc toute l'éthique des ridiennes consiste à se rendre disponible pour la revente [...] l'hospitalité elle est en réalité inscrite au cœur de chacun de nos gestes et j'aurais même envie de dire au coeur de chacun nos actes de langage”