Arban, Dominique
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Core ideas
Philippe Nemo présente Les Possédés comme un livre qui dit la vérité métaphysique de la modernité, et choisit de lire de longues pages en réduisant le commentaire. Il donne trois clés. La lettre-dédicace au futur Alexandre III accuse les pères intellectuels, occidentalistes par snobisme, d'avoir produit des fils terroristes. L'affaire Netchaïev, assassinat de l'étudiant Ivanov par sa cellule, fournit l'intrigue. L'épigraphe de saint Luc fait de la Russie le démoniaque dont les démons, c'est-à-dire les idées révolutionnaires et athées, passent dans les pourceaux. La première émission est consacrée à Stépan Trofimovitch Verkhovenski, modelé sur Granovski : libéral oisif, faux persécuté, entretenu vingt ans par Varvara Petrovna. Nemo le montre ridicule socialement mais innocent moralement, car il n'a jamais confondu le bien et le mal. Face à son fils Piotr, qui l'humilie avec cynisme, puis face à Varvara Petrovna, devenue « possédée » et qui réduit leur amitié à des rapports de force, il défend la Madone Sixtine. Pour Nemo, la question de savoir si Shakespeare vaut mieux qu'une paire de bottes est celle de l'esprit, de ce désir d'absolu qui dépasse les besoins. Une société nihiliste n'est pas neutre : c'est une fourmilière où l'homme ne peut vivre et où le crime devient universel.
Dans la seconde émission, Dominique Arban insiste sur les « idées-sentiments » de Dostoïevski et sur l'émotion qui lui fait écrire le roman en lisant à l'étranger le procès Netchaïev, écho de sa propre jeunesse. Elle rappelle son passage du cercle Petrachevski au groupuscule clandestin de Spechnev, émissaire de Bakounine, qu'elle identifie à Stavroguine et dont Dostoïevski disait qu'il était son « Méphistophélès ». Elle préfère le titre Les Démons, d'après le poème de Pouchkine. Le gouverneur von Lembke, fonctionnaire d'origine allemande qui bricole des jouets en carton, et sa femme Julie Mikhaïlovna incarnent une société civile qui, croyant manipuler les révolutionnaires, leur cède dans les idées puis dans les faits. Karmazinov est une caricature vengeresse de Tourgueniev : un écrivain qui flatte la jeunesse, résume la révolution russe à un « droit au déshonneur » et s'informe de la date de l'insurrection pour avoir le temps de vendre ses terres.
La réunion « chez les nôtres » montre la mécanique de Piotr : uniformes, titres inventés, sentimentalité, crainte de l'opinion, et la suggestion de Stavroguine de lier un groupe en lui faisant tuer l'un des siens. Chigalev, parti de la liberté illimitée, aboutit au despotisme illimité : un dixième de l'humanité gouverne un troupeau. Dans la scène du « tsarévitch Ivan », Piotr se dit « un gredin et non un socialiste ». Il rêve de corruption, d'ivrognerie et de confusion, puis veut faire paraître Stavroguine comme un dieu caché. Arban y voit une passion autant qu'une politique, et un couple hégélien de maître et d'esclave. L'émission se clôt sur Kirillov, pour qui celui qui se tue pour vaincre la peur de la mort deviendra Dieu.
Excerpts
Philippe Nemo sur la société nihiliste :
“une société niiliste n'est pas, comme on pourrait le croire une société neutre. Mais c'est une société où le mal triomphe. Car puisque l'existence humaine n'a de sens que par l'esprit et la dignité de l'homme, une société sans esprit semblable à une fourmilière est une société où l'homme ne peut pas vivre, où il vit nécessairement en exil où il vit donc dans un malheur sans fond.”
Chigalev expose son système (lecture du roman) :
“Je me suis embrouillé dans mes propres données et ma conclusion se trouve en contradiction directe avec l'idée fondamentale du système. Partant de la liberté illimitée, j'aboutis au despotisme illimité. J'ajoute à cela cependant qu'il ne peut y avoir d'autres solutions du problème social que la mienne.”
Dominique Arban sur l'origine du roman :
“Devski a toujours dit et écrit dans ses lettres qu'il n'a pas d'idées, qu'il a des idées tiré sentiments. Ce sont des idées sentiments. [...] Sans le procès de Nietcheev, les démons n'auraient pas été écrits.”