de Biasi, Pierre-Marc
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Core ideas
La vie comme matériau d'un écrivain de l'impersonnalité. De Biasi part de l'épisode de Trouville (1836), où le jeune Flaubert, à quinze ans, aperçoit Élisa Foucault (la future Madame Schlésinger), qu'il transpose dans les Mémoires d'un fou, puis de la nuit de rêverie sur un lac au château du Héron. Il résout le paradoxe d'un écrivain qui prône l'impersonnalité mais laisse une correspondance de cinq mille pages : Flaubert n'utilise pas sa vie en tant que vie personnelle, mais comme un matériau mis à distance, au même titre que la topographie ou les documents. Il rappelle que Flaubert fut d'abord un romantique « frénétique », et que sa guerre au romantisme est aussi une guerre contre lui-même.
Une esthétique de la forme. À partir de la lettre à Louise Colet de 1846 (l'« appétit désintéressé du beau », le sentiment n'est rien sans la forme), De Biasi décrit un Flaubert qui doit être à la fois « Dionysos et Apollon », vivre la passion jusqu'au bout et rester froid calculateur. Il présente Flaubert comme un écrivain qui veut faire du roman une œuvre d'art à part entière, avec ses ratures, ses brouillons (jusqu'à soixante-dix pages pour une page définitive) et son rapport « de peintre » au manuscrit ; son « livre sur rien », tenu par la seule force du style, n'est pas un art pour l'art mais un calcul pour obtenir le maximum de réalité avec le minimum de matière. Il distingue Flaubert du réalisme de Balzac : entre les deux, 1848 est un « trou noir », et la société décrite est celle d'une bourgeoisie nouvelle.
Illusions perdues, prostitution et politique. De Biasi lit L'Éducation sentimentale comme le règlement de comptes de Flaubert avec sa génération, qui a cru à l'idéal et à Byron, et produit une société qui envoie les enfants à l'usine ; il refuse d'en faire un écrivain « de droite » indifférent au peuple. Il commente la lettre de 1878 à Maupassant (« tout sacrifié à l'art »), la relation de Flaubert à la prostitution (de l'adolescent naïf qui voudrait être aimé, aux Almées d'Égypte), le dernier échange de Frédéric et Deslauriers (« c'est là ce que nous avons eu de meilleur »), le projet de montrer que le sentimentalisme suit la politique et en reproduit les phases, ainsi que l'ambivalence de Flaubert envers le pouvoir impérial. L'émission s'achève sur le poème d'Élisa Foucault vue sur la plage.
Excerpts
“« ce n'est pas en tant que c'est une chose personnel que Flobert utilise sa vie c'est en tant que c'est un matériau »”
“« il faut être dionisos et Apollon »”
“« Flobert a voulu faire du roman Une œuvre d'art à part entière »”