Pautrat, Bernard
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Core ideas
Un artisanat d'art, d'abord. Pautrat refuse de partir des grandes théories (Walter Benjamin, la « tâche du traducteur ») : le mot « art » du titre lui plaît par sa minuscule, comme dans « artisanat d'art ». Il se définit comme un retraducteur, qui travaille sur des textes déjà traduits et dit sa gratitude envers ses prédécesseurs, qu'il les juge bons ou non, puisqu'il s'en sert. Il retraduit par amour du texte et par une forme d'émulation (l'habitude des versions latines, grecques, anglaises), mais surtout parce qu'on peut « faire mieux » : laisser circuler pour Perse une traduction des années 1920, lourde et datée, serait presque une honte, et il se représente cela comme un service du public.
L'exemple de Perse, de Lucrèce, d'Anselme. Perse, auteur latin du Iᵉʳ siècle à la réputation obscure et mordante, l'a d'abord déçu dans l'édition bilingue de la collection Budé, avant qu'il ne retourne au latin et n'en tombe amoureux. Pour Perse (stoïcisme) comme pour Lucrèce (épicurisme), la difficulté est redoublée : il s'agit de poètes qui portent une argumentation philosophique. Lucrèce explique qu'il enrobe de miel, comme les buveurs de tisane amère, une doctrine austère (atomes et vide) ; la fidélité consiste donc à verser le contenu, y compris dans sa forme, dans une autre langue avec le moins de pertes possible. Pautrat choisit la simplicité (le mot courant plutôt que l'inflation sémantique) et décrit son expérience comme celle du « plus lourd que l'air » : par moments, le poème philosophique décolle un peu. Pour le Proslogion d'Anselme, la traduction existante (Colleret) lui paraissait illisible et l'argument ontologique tombait dans le galimatias.
Poésie, théorie, style. Il écoute un extrait de Georges Mounin (Problèmes théoriques de la traduction) critiquant les traducteurs d'Europe de l'Est, qui respectent la métrique et la rime au point de prendre Béranger pour un grand homme, et un extrait d'Yves Bonnefoy sur Shakespeare ; il se reconnaît dans la nécessité d'une langue française solide chez le traducteur (« bien connaître le français »), regrette les écrivains installés qui traduisent avec leur voix, et se décrit comme doué d'une « plasticité simiesque » pour entrer dans le cheminement d'un autre. Il cite le texte de Diderot sur la traduction de Térence (rendre l'impression reçue) et le livre de Valery Larbaud Sous l'invocation de saint Jérôme.
Hölderlin et saint Jean. Un hymne de Hölderlin dans sa traduction est lu à l'antenne. Pautrat revient sur sa traduction de l'Évangile de Jean et de l'Apocalypse : le grec hébraïsant, où « dieu » s'écrit sans majuscule et avec un article (« le dieu »), change le climat du texte par rapport à la Vulgate de saint Jérôme et le rend « louche » et excitant.
Excerpts
“« parce que ce sont des sortes d'histoires d'amour avec des livres »”
“« pour être un bon traducteur c'est vrai qu'il faut connaître la langue qu'on traduit mais il faut quand même bien connaître le français »”
“« on doit pouvoir faire mieux et là en plus toutes ces choses là dès que je mets les dents je les trouve absolument passionnante »”