Le Bris, Michel
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Core ideas
Un exilé devenu marin, puis écrivain. Conrad naît en 1857 en Pologne ; son père, Apollo Korzeniowski, nationaliste, est déporté en Russie en 1862 avec sa famille ; orphelin à douze ans, élevé par un oncle prudent, il part à dix-sept ans pour Marseille (une dérobade au service militaire russe), apprend l'anglais et gravit les échelons de la marine marchande britannique jusqu'en 1893, entre vingt ans de mer et trente ans d'écriture. Darras souligne que « cette notion d'exil est absolument essentielle pour comprendre toute son œuvre » et une mélancolie de fond ; la langue anglaise, choisie en secret, est celle de l'écriture (il a toujours gardé un fort accent slave). Le Bris voit la mer comme le lieu sans route tracée, puissance de création et de destruction, lieu de l'énigme et du destin (un « fétu de paille »).
Une écriture d'impressions, du double et du tragique. Pour les intervenants, Conrad cherche à produire un effet de sensations plus qu'une vérité, avec des mots-clés (énigmatique, ineffable, mystère, ténèbres), des descriptions quasi cinématographiques (début du Compagnon secret, Nostromo), l'oxymore et le retardement de l'événement (la larme qui devient la pluie dans La Ligne d'ombre). Le double est une obsession (Le Compagnon secret, correspondance : « une double vie ») : un personnage terne qui n'existe que par un double. Sous les yeux de l'Occident (1910) est le roman de l'aveu et du remords, écrit dans une dépression ; Lesage y lit la culpabilité de l'exilé qui a quitté la Pologne et fui Marseille. Conrad vit aussi d'avances et de dettes, pessimiste historique sans idéologie : Nostromo, L'Agent secret et Sous les yeux de l'Occident ne laissent « aucun refuge ».
Cœur des ténèbres et colonialisme. Le Bris et Darras lisent Au cœur des ténèbres (le Congo de Léopold II, voyage de 1890) comme la première critique radicale du système colonial sous forme de fiction : le « soupçon » que les « sauvages » sont humains, la connivence entre eux et l'Européen ; Conrad va « au cœur de l'Afrique comme Freud va au cœur de l'inconscient », et le couple germano-russe de Kurtz et de l'arlequin annonce les catastrophes du XXe siècle (l'horreur retournée contre l'Europe). La lecture de Conrad produit un « foudroiement » plus qu'un réconfort, avec la figure d'une vieille femme qui tricote le destin du monde.
Excerpts
“« cette notion d'exil est absolument essentiel pour comprendre toute son oeuvre »”
“« conrad va au coeur de l'afrique si je puis dire comme freud va au coeur en quelque sorte de l'inconscient »”
“« il n'y a pas de fin de l'histoire »”