Bouvier, Nicolas & Bouvier, Éliane & Mohr, Jean & Poussin, Gérald & Domain, Catherine & Meunier, Jacques & Lacarrière, Jacques & Monod, Théodore
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full - transcription automatique de qualité médiocre ; émission longue (environ trois heures) faite d'entretiens successifs.
Core ideas
Nicolas Bouvier refuse l'étiquette de « grand voyageur » et se définit en « rôdeur » ou « flâneur planétaire », l'oreille et l'œil ouverts, attendant que quelque chose surgisse. Il évoque sans fard ses dépressions, ses séjours en clinique psychiatrique, l'écriture comme exorcisme et la corbeille à papier comme principal outil de l'écrivain. Il raconte une éducation huguenote culpabilisante dans une famille de théologiens et de professeurs, la bonne qui lui apprit à lire, Jules Verne et Dumas, le désir d'être « voyageur » auquel son père répondit favorablement, puis les premiers départs dès quinze ans en Toscane, en Flandre, en Turquie et en Yougoslavie, où la musique lui servit de sésame. La musique occupe la moitié de sa vie : le quatuor de Debussy l'a littéralement sauvé à Ceylan. Éliane Bouvier raconte leur rencontre, leur voyage de noces pour un film de Connaissance du monde, et un couple silencieux en voyage mais plus difficile dans la vie sédentaire. Il ne voyage pas pour raconter, dit-elle, mais pour restituer au plus près ce qu'il a ressenti.
Bouvier décrit l'Asie comme un « millefeuille historique » qu'il est allé apprendre sur place, faute d'avoir trouvé autre chose qu'un enseignement européocentriste à l'université, les routes étant pour lui des « carrefours de professeurs ». Avec Jean Mohr, ami d'enfance, il parle de photographie et de la difficulté de dire le bonheur. Il défend une conception du voyage comme exercice de disparition et d'usure : on part trop chargé, on perd les bagages et les idées, et le même travail d'allègement vaut pour l'écriture, où un ego trop gros « bouche le paysage ». Le corps paie chaque voyage, et il entretient avec le sien une amitié respectueuse. Il insiste sur le rire comme surface de contact avec les peuples (Kurdes, Baloutches, Japonais) et comme « politesse du désespoir », et rêve de mourir de rire comme le bonze de Kyoto qui avait cousu des pétards dans son suaire. Gérald Poussin et Catherine Domain évoquent l'amitié, la passion pour les huîtres et la cocasserie de Bouvier, et le duo avec Thierry Vernet, avec qui il ne s'est jamais disputé et qui lui a « éduqué l'œil ».
Dans une conversation entre écrivains voyageurs, Jacques Meunier se dit « diseur d'autres », et tous réfléchissent au « bout du monde », toujours derrière soi, et à la mode du récit de voyage, qui raconte désormais aussi l'échec, à l'anglaise. Bouvier parle de la juste distance avec le pays visité, par l'humour et la langue, apprise d'abord par les obscénités et la mécanique. Jacques Lacarrière, auteur de Chemin faisant, défend la lenteur de la marche et la dépendance à autrui en voyage, et Bouvier rappelle la marche comme exercice spirituel, du pèlerin russe à Rousseau. Théodore Monod, cousin de Bouvier, raconte sa traversée de la « Grande Solitude » saharienne, eau comprise. Il s'étonne avec Bouvier de l'existence du bien plutôt que de celle du mal, évoque les rituels de réconciliation chez les singes et les dauphins qui soutiennent leurs morts, et attend la mort avec curiosité.
Excerpts
Nicolas Bouvier sur le voyage comme disparition :
“pour moi le le voyage d'un pas du tout une opération acquisitive c'est une opération de d'érosion de d'amincissement [...] si vous vous promenez avec un ego gros comme un ballon vous boucher le paysage les gens ne voient plus rien alors on vous dit enlève strada tu bouges le paysage et c'est ça montre on disparaît”
Nicolas Bouvier sur le prix payé par le corps :
“moi j'ai une très grande amitié pour le mien qui fout le camp qui est vieux qui se dégradent qui me joue des tours mais très copains parce que il m'a quand même porté là où je souhaitais aller et il est évident que chaque voyage se paie et c'est le corps qui perd”
L'Usage du monde, lu dans l'émission :
“on ne voyage pas pour se garnir d'exotisme et d'anecdotes comme un sapin de noël et pour que la route vous pu vous reims vous essor vous rendre comme ces serviettes élimé par les lessives [...] sans ce détachement et cette transparence comment espérer faire voir ce qu'on a vu”