MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Rien ne veut rien dire/Brix, Michel

Brix, Michel

université de Namur

GÉRARD DE NERVAL (1808-1855) : Nerval journaliste – Une vie, une œuvre [2009]

Rien ne veut rien dire · Jan 7, 2017 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: full (environ trente-cinq minutes ; sous-titres YouTube automatiques en français sans ponctuation fiable, avec des erreurs de reconnaissance, notamment sur les noms propres et les citations)

Core ideas

Le journaliste derrière le rêveur. À côté du Nerval des Filles du feu, des Chimères et d'Aurélia, il existe un « Nerval journaliste, feuilletoniste, voyageur » (grande période 1837-1850), auteur de milliers de pages. Presque toute son œuvre a paru d'abord en périodiques ; connaître Nerval, c'est connaître les revues et journaux auxquels il a collaboré. Cette image corrige celle du poète fou : le journaliste est ancré dans le réel, observateur précis, humoriste, curieux, et l'œuvre journalistique est « une sorte de séminaire de son œuvre littéraire » (des graines, comme les bayadères qui reparaîtront dans un sonnet). Nerval a pourtant souffert de ce métier comme d'une aliénation : après avoir dilapidé l'héritage de son grand-père dans la revue de luxe Le Monde dramatique, il est condamné à la « galère du feuilleton » (La Presse d'Émile de Girardin, aux côtés de Théophile Gautier), changeant souvent de journal par nécessité plus que par opinion.

Théâtre, canulars, bohème. Passionné de théâtre, il critique le vaudeville bourgeois et préfère le théâtre populaire du boulevard du Temple (les Funambules, la pantomime, Pierrot), qu'il rapproche d'un réenchantement de la scène, qui trouvera sa formule dans Sylvie et dans la « scène du rêve » d'Aurélia. Il est aussi humoriste : Histoire véridique du canard (« le canard est une nouvelle quelquefois vraie, toujours exagérée, souvent fausse »), canulars de jeunesse, nuit au violon, et un parcours de bohème, opposé à son père médecin, qui durera toute sa vie.

Folie, voyage, mère, chansons. La première grande crise date de 1841 (premières versions des sonnets) ; il abandonne ensuite la poésie pour le réel, le voyage et la prose, dans l'espoir de se protéger de la folie, mais le voyage en Orient la remet en jeu : il se déguise, devient « l'autre ». Les promenades (Valois, Allemagne) sont à la fois thérapeutiques (selon le docteur Blanche) et orientées par l'absence de sa mère, morte en Silésie en suivant son père aux armées. Il est le premier à recueillir des chansons populaires françaises (« Ils étaient trois petits enfants »…), imaginant une poésie libre de la rime, et sa prose est hantée par ces airs. Dans Aurélia, « ce réel qui doit endiguer le rêve va devenir aussi le lieu où le rêve revient » ; Nerval n'est plus entendu de personne sauf du docteur Blanche, avant sa mort par pendaison rue de la Vieille-Lanterne. Les noms qu'il s'invente (Gérard de Nerval, Labrunie…) sont un jeu constant d'identité.

Excerpts

“« l'oeuvre journalistique de Nerval est une sorte de séminaire de son œuvre littéraire »”

“« le canard est une nouvelle quelquefois vraie toujours exagérée souvent fausse »”

“« ce réel qui doit endiguer le rêve va devenir aussi le lieu où le rêve revient »”