Mondzain, Marie-José & Darriulat, Jacques & Touratier, Jean-Marie & Pignon-Ernest, Ernest
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Core ideas
Stéphanie Katz invite à « rêver » le Caravage pour l'arracher au mythe romantique du peintre assassin et au réalisme. Jean-Marie Touratier retrace sa vie : un Milanais formé chez Peterzano, dans la tradition vénitienne, une famille en partie emportée par la peste, puis l'arrivée vers 1592 dans une Rome remise du sac de 1527, effervescente et violente. Accueilli par le cardinal del Monte, homme de culture qu'il ne faut pas réduire à des soupçons d'homosexualité ou d'alchimie, il peint des jeunes gens qui sont, selon Touratier, des types et non des individus : le Caravage n'est pas un réaliste. Jacques Darriulat rattache son art à la Contre-Réforme et à la révolution musicale romaine, la voix soliste du castrat. Dans La Vocation de saint Matthieu, la lumière est un appel qui réunit le tripot et le Christ dans une coïncidence des opposés, sous une fenêtre aveugle, dans un univers à la fois clos et infini, contemporain de Bruno et de Galilée. Il lit la Corbeille de fruits contre la vanité hollandaise : des fruits non pas délaissés mais présentés par la lumière, comme le Christ d'Emmaüs qui soulève un voile, des fruits « sauvés » parce que peints.
Marie-José Mondzain fait de la Tête de Méduse un manifeste : un bouclier, au sens propre, où la peinture protège contre l'effroi, contre la société et contre la mort. Elle y lit une tête sans corps qui ne vit qu'en saignant. Le regard et le sang sont la réponse du Caravage à la question de l'incarnation. Touratier décrit les commandes publiques de Santa Maria del Popolo, que l'on voit de biais dans une chapelle étroite, avec la croupe du cheval et les yeux de chair de Paul. Devant La Mort de la Vierge, Ernest Pignon-Ernest relève le ventre enflé, la lévitation, un apôtre impossible dans l'espace mais nécessaire au tableau, et le grand rideau rouge qu'il lit comme un morceau d'abstraction, une assomption. Il voit dans la nuque de Madeleine, éclairée d'un vrai soleil, un passage vers nous. La lecture des plaintes et arrestations conduit au meurtre de Ranuccio, au jeu de paume, en 1606. Touratier y voit le début d'une fuite qui devient instabilité permanente, avec une touche de plus en plus hâtive.
Mondzain rapproche la technique du Caravage de l'icône. Le sillon gravé, qu'elle appelle « écriture d'ombre », puis la montée des bruns vers les blancs refont la gestation, la passion et la résurrection, « comme si l'histoire de la peinture commençait le jour de Pâques ». Elle lit Narcisse à rebours du mythe, sauvé par la lumière qui porte son reflet. À Naples, Pignon-Ernest raconte ses propres images collées dans une ville sensuelle et sombre bâtie sur les enfers, près des Sept Œuvres de miséricorde, dont Touratier décrit la circulation autour de la diagonale de l'épée. À Malte, la Décollation de saint Jean-Baptiste porte la signature écrite dans le sang. Le Caravage, chevalier démasqué, s'enfuit et meurt à Porto Ercole après avoir vu partir le bateau qui emportait ses toiles. Mondzain conclut que ses décapités ne sont jamais du côté de la mort : la Méduse est un phénix.
Excerpts
Jacques Darriulat sur la Corbeille de fruits :
“la nature morte du caravage ne montre pas des des objets délaissés et qui se meurent, qui se décomposent d'être ainsi abandonné du regard et du désir. Mais bien au contraire et et c'est en ce sens que cette peinture est toujours celle d'une vocation. [...] ils sont offerts au regard, ils sont présentés, ils répondent à la vocation de la lumière.”
Marie-José Mondzain sur la lumière du Caravage :
“nous sommes absolument touchés de façon immédiate par la proximité de la lumière. La lumière n'est pas euh cette chose profonde, lointaine, spirituelle euh même chez Rambran, hein, où la lumière arrive comme au bout d'un chemin [...] Euh là, au contraire, on est dans une espèce d'éclat de d'étincellement premier comme si euh comme si l'histoire de la peinture commençait le jour de pâqu.”
Ernest Pignon-Ernest sur le rideau de La Mort de la Vierge :
“maintenant je pense plutôt que c'est un grand morceau de peinture où il est libéré de de la représentation et c'est un truc de comme de l'abstraction quoi. On veut exprimer quelque chose qui a une autre échelle. C'est le passage quoi. C'est c'est l'assomption en quelque sorte.”