Pautrat, Bernard
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Core ideas
Déterminisme et géométrie des affects. Spinoza ouvre la troisième partie en refusant l'idée que l'homme serait « un empire dans un empire » : tout est causé nécessairement, aucune place pour une volonté libre. Pautrat insiste que c'est pour cela qu'une « géométrie des affects » est possible, une « psychique mathématique » qui traite les passions comme des lignes et des plans. Sa définition de la haine est une tristesse accompagnée de l'idée d'une cause extérieure (celui qui nous claque la porte du métro au nez) ; on est triste, donc on hait, plus souvent qu'on ne le croit, et l'idée de la destruction de ce qu'on hait nous rend joyeux. Comprendre une cause nécessaire n'est pas excuser ni se résigner : au contraire, il faut préparer les conditions pour qu'un assassin de masse n'apparaisse pas.
Conatus, désir, joies passives. La proposition 9 définit l'effort de persévérer dans son être : volonté (esprit), appétit (corps et esprit), désir (appétit conscient) ; on ne désire pas une chose parce qu'elle est bonne, elle est bonne parce qu'on la désire. Face à l'ivrogne ou à Bukowski, Pautrat explique les « joies passives » : une partie du corps envahit les autres, la chose extérieure nous possède (« c'est la bouteille qui le boit »). Spinoza n'est pas le philosophe de la joie sautillante : la raison trie entre les joies, et il faut suivre le désir le plus fort, mais pas n'importe lequel. Trois affects primitifs (désir, joie, tristesse) engendrent tous les autres ; Pautrat souligne l'avarice, fondement du capitalisme et de la finance. Il explique aussi qu'on ne se hait pas soi-même ni ne se tue : on est toujours détruit de l'extérieur, et le repentir est une tristesse inutile (il faut « bien agir »).
Éthique contre morale ; une politique rationnelle. Pautrat oppose le traité qui démontre la vertu au sermon qui la prêche : « c'est la différence entre l'éthique et la morale ». L'Éthique modifie son lecteur, comme la démonstration d'Euclide quand on l'a faite soi-même. La proposition IV, 35 (« l'homme est un dieu pour l'homme » quand il vit sous la conduite de la raison) justifie la vie en société, contre le fantasme de la solitude des bois (Into the Wild, Thoreau) : on risque d'imiter les affects de l'ours. Comme la majorité est dominée par les affects, il faut un imperium rationnel et, pour la religion, une religion nationale à laquelle on obéit (le Traité politique, demeuré inachevé) ; celui qui suit la vertu désire pour les autres le bien qu'il désire pour lui.
Excerpts
“« l'homme n'est pas comme un empire dans un empire »”
“« l'ivrogne bois la bouteille mais en vérité c'est la bouteille qui le bois »”
“« c'est la différence entre l'éthique et la morale »”