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Podcasts/Rien ne veut rien dire/[Not Set]

[Not Set]

L'émission n'a pas d'invité. Raphaël Enthoven développe l'essentiel du propos en dialogue avec sa coanimatrice Paola Raiman, qui pose les questions et lit un extrait de L'Homme révolté. L'ouverture comprend la lecture d'une lettre de René Char à Camus saluant L'Homme révolté et d'une lettre de Camus défendant le syndicalisme révolutionnaire.

Albert Camus – L'art de la révolte

Rien ne veut rien dire · Nov 27, 2016 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de bonne qualité.

Core ideas

Raphaël Enthoven replace L'Homme révolté (1951) dans le climat « de plomb » des années 1950. Dire qu'on peut être de gauche sans vouloir la révolution communiste fait alors scandale, et Les Temps modernes, par la plume de Francis Jeanson, raillent Camus, tandis que René Char se tient seul à ses côtés. Pour Enthoven, la distinction entre révolte et révolution repose sur un malentendu à dissiper. L'œuvre de Camus ne suit pas le schéma téléologique absurde, révolte, amour ; elle commence par l'amour, celui des Noces. On ne sort pas de l'absurde par la révolte, on le creuse, comme chez Plotin, et non à la manière d'une dissertation « thèse, antithèse, synthèse ». Le monde n'est pas aimable mais il faut l'aimer, et le révolté « dit oui avant même de dire non ». La révolte devient ainsi l'« intransigeance exténuante de la mesure » : on aime démesurément dans l'intime, ce qui institue des limites dans l'espace public, comme pour Kaliayev, qui refuse de lancer la bombe sur une calèche où se trouvent des enfants. Enthoven en tire un paradoxe : la pensée radicale est la plus confortable, alors que le compromis camusien est une exigence supérieure, malheureusement incarnée politiquement par des « bourgeois » consensuels.

Enthoven présente Camus comme un inactuel au sens de Nietzsche : il s'en prend avant tout à l'idolâtrie de l'histoire, en particulier à celle d'un hégélianisme mal lu. Contrairement à Sartre, que son passage de l'individuel au collectif, de Nietzsche à Marx, oppose à lui-même, Camus est d'une cohérence « vitale et non logique ». Le « je me révolte, donc nous sommes » prolonge un cogito existentiel : l'absurde résiste à lui-même, puisque je ne peux douter de mon cri. Pour expliquer le passage du « je » au « nous », Enthoven lit La Peste. La mort sur scène de l'acteur qui joue Orphée marque la fin du chant individuel, et Prométhée prend le relais. La morale collective repose sur la persévérance et la compréhension. Il compare les concierges de L'Étranger et de La Peste : dans le premier roman, la compréhension n'empêche pas le jugement, alors que dans le second elle devient une arme. Rieux comprend Cottard, Rambert et Paneloux, et comprendre, c'est prendre les armes.

Le chapitre sur Ivan Karamazov, le « refus du salut », serait le meilleur du livre. Les blasphémateurs, de Sade aux dandys, participent encore du sacré. Ivan, lui, juge Dieu au nom de la justice : les larmes d'un seul enfant rendent toute vérité inacceptable. Enthoven y voit l'éthique de conviction face à l'éthique de responsabilité. Mais la logique de l'indignation se retourne : si tout est permis, Ivan laisse tuer son père et bascule dans la folie, alors que Camus refuse que l'absence de Dieu nous pousse au crime. Enthoven termine sur la « pensée de midi » et l'oxymore « la campagne est noire de soleil ». Il le lit à la lumière de l'Apollon de l'Iliade, analysé par Pietro Citati : un dieu solaire et nocturne, criminel devenu guérisseur, qui enseigne aux hommes la mesure et le consentement à leur misère. C'est, selon lui, la clé grecque de la révolte camusienne.

Excerpts

Raphaël Enthoven sur le oui qui précède le non :

“Qu'est-ce qu'un homme révolté dit Camu ? Un homme qui dit non, mais s'il refuse, il ne renonce pas. C'est aussi un homme qui dit oui dès son premier mouvement. Et en vérité, il dit oui avant même de dire non. Camu a lu Nietzsche. Camu est du côté du gay savoir.”

Raphaël Enthoven sur la mesure comme exigence :

“le coup de génie de Camus, c'est de considérer qu'une pensée confortable, c'est une pensée radicale et qu'une pensée qui assume l'inconfort de ne pas être radicale est une pensée courageuse, intransigente, exténiente et par la même mesurée.”

Raphaël Enthoven sur la compréhension dans La Peste :

“La peste, c'est un livre où l'on comprend que comprendre ça n'est pas se résigner, ça n'est pas renoncer, ça n'est pas s'incliner. Comprendre, c'est très exactement prendre les armes. C'est ça que ça veut dire. Et c'est ce qui se passe dans la peste. La peste, c'est un combat.”