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Boudou, Bénédicte & Atlan, Henri

Boudou, Bénédicte: universitaire, autrice d'un Dictionnaire Montaigne et d'une anthologie des Essais en français moderne

Atlan, Henri: médecin, biologiste et philosophe, auteur du Vivant post-génomique

L'entretien est enregistré au château de Montaigne, avec des lectures des Essais dans la traduction en français moderne d'André Lanly. La dernière partie est le journal des Nouveaux chemins, où Adèle Van Reeth s'entretient avec Henri Atlan sur science et philosophie.

Montaigne philosophe (5/5) : Ivre et de bonne foi

Rien ne veut rien dire · May 15, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de bonne qualité.

Core ideas

Raphaël Enthoven s'étonne de l'avis « Au lecteur », qui annonce un livre de bonne foi puis congédie le lecteur d'un « adieu donc ». Bénédicte Boudou y voit de la coquetterie : Montaigne souscrit à la convention de l'adresse au lecteur, encore récente avec l'imprimerie, tout en la refusant, et n'appelle que le lecteur qui veut vraiment le lire. Elle reconnaît une « relique d'affectation » dans ses prétentions antirhétoriques et trouve La Boétie étrangement absent du chapitre « De l'amitié ». Il n'y inclut pas le Discours de la servitude volontaire, déjà publié par les protestants. Sur « parce que c'était lui, parce que c'était moi », écrit en deux temps, Enthoven se demande comment concilier une couture effacée et une différence irréductible. Boudou répond qu'entre amis il n'y a pas de don, donner à l'autre étant se donner à soi. L'amitié est une passion, et Montaigne, pour survivre au deuil, s'est fait amoureux : il troque une passion contre une autre, parce qu'il redoute d'abord qu'elles le rendent aphasique.

La question de la traduction occupe une large place. Pour Boudou, la langue difficile de Montaigne est une résistance à la domination qui prolonge La Boétie, devenue opaque avec les siècles : même les agrégatifs lisent des traductions. Elle a donc choisi une anthologie en français moderne pour « apprivoiser » Montaigne. Enthoven défend la traduction d'André Lanly, qui garde « vivre à propos », contre « vivre comme il faut » de Guy de Pernon. Il y voit une stoïcisation, voire une christianisation, de l'épicurien. Boudou est d'accord et rappelle César et Alexandre capables de dormir en toute circonstance. Elle décrit un catholique « assez tiède » qui veut l'âme réglée avant de prier et se moque du voleur priant pour escalader une muraille. Elle détaille aussi une éducation qui forme le corps avec l'âme, digère les livres au lieu de les régurgiter et frotte la cervelle à celle d'autrui, en voyage comme avec les artisans. Elle rappelle l'enfance de Montaigne, élevé au village, et un voyageur discret qui écrit à Henri III pour alléger l'impôt des pauvres.

Enthoven interroge l'usage des citations, ces « allongeails ». Boudou répond que Montaigne fait siennes les opinions qu'il cite, les contredit ou les tronque, et qu'un voisin vaut pour lui autant qu'un ancien, car la vérité appartient à qui sait la reconnaître. Elle commente l'accusé qui perd la voix devant une foule qui le lynche, la critique de la torture, où la résistance à la douleur ne prouve aucune innocence, et « Des cannibales ». Pour elle, Montaigne y est critique plutôt que normatif : il dénonce moins l'Occident qu'un regard qui refuse l'altérité, chacun appelant barbarie ce qui n'est pas de son usage, et le sauvage, comme le fruit, est ce qui vient de la forêt. Elle évoque aussi « Des coches », avec le roi mexicain torturé, contre-modèle des grands d'Europe, et regrette que seule Marie de Gournay ait son portrait dans la librairie, plutôt que La Boétie. Dans le journal, Henri Atlan distingue sans dualisme science et philosophie : il a découvert Spinoza après ses travaux, et l'ontologie moniste de Spinoza s'accorde mieux qu'aucune autre avec la biologie actuelle.

Excerpts

Bénédicte Boudou sur l'amitié comme passion :

“il présente la musique comme une passion il dit même que pour surmonter survivre au deuil de la Boétie il s'est fait amoureux c'est-à-dire qu'il a essayé de troquer une passion contre une autre et son enjeu contre les passions ça n'est pas de les déraciner de l'homme c'est de pouvoir en parler ce qu'il redoute dans la passion c'est qu'elles vous rend aphasique”

Bénédicte Boudou sur « vivre à propos » :

“vivre comme il faut c'est une mauvaise traduction ça je suis entièrement d'accord vivre à propos et bien meilleur parce que vivre à propos ça veut dire jouir de tous les instants dans le présent que la vie nous donne [...] alors que vivre comme il faut c'est un côté normatif qui ne convient pas du tout à monter”

Bénédicte Boudou sur les cannibales :

“il est critique il n'est pas normatif il défend enfin il défend moins les cannibales qu'ils ne critiquent la façon que nous avons de les considérer parce que cette façon nous avons de les considérer refuse l'altérité pour ce qu'elle est”