MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Rien ne veut rien dire/Guillerme, Jean-Pierre & Larue, Anne & Savy, Nicole

Guillerme, Jean-Pierre & Larue, Anne & Savy, Nicole

Guillerme, Jean-Pierre: universitaire

Larue, Anne: universitaire, spécialiste des manuscrits du Journal de Delacroix

Savy, Nicole: historienne de l'art

La productrice (prénommée Stéphanie, nom incertain) mène les entretiens ; deux autres intervenants crédités, dont une peintre qui parle de la « petite voix » pendant le travail, ont des noms mal restitués. Des extraits du Journal et de textes de Baudelaire, Pierre Jean Jouve et Théophile Silvestre sont lus par un comédien. L'attribution de certains propos est incertaine.

EUGÈNE DELACROIX (1798-1863) – Une vie, une œuvre [1992]

Rien ne veut rien dire · Jul 7, 2017 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: full - transcription automatique de qualité médiocre.

Core ideas

L'émission part de la tombe de Delacroix au Père-Lachaise et du premier jour du Journal, en 1822, quand le jeune peintre décide d'écrire « pour moi seul » afin de devenir meilleur. Jean-Pierre Guillerme y voit un projet de rectification morale chez un peintre déjà célèbre après Dante et Virgile. Il relève surtout ce que Delacroix ne note que le surlendemain : il avait commencé le journal le jour anniversaire de la mort de sa mère. Pour Guillerme, tout se décide dans ce lien entre l'écriture et la perte. La mélancolie et le rôle du souvenir traversent les plaisirs notés dans le journal, comme l'odeur de la mer ou les peupliers de Hollande, qui renvoient à des moments perdus. Il décrit un Delacroix antimoderne et antidémocrate, qui méprise les détails de Balzac et tient des discours de classique. Le peintre vit un conflit aigu : la couleur, « partie féminine » de la peinture, est sa jouissance, alors qu'on n'est grand que par le dessin. Le journal chercherait comment faire de la couleur, liée à la décomposition et à la mort, une énergie et une grandeur.

Nicole Savy et une intervenante commentent la palette « cannibale » de rouges sanglants et de verts, l'absence de compassion et l'alliance de volupté et de cruauté dans La Mort de Sardanapale et Les Massacres de Scio. Elles évoquent un Delacroix érotique, « frénétique » dans une lettre à Stendhal. Elles rappellent aussi le Baudelaire qui reconnaissait chez lui ses propres images mentales et le prenait pour un père spirituel, sans être adopté en retour. Anne Larue raconte sa déception devant les manuscrits : au lieu d'une grande confession esthétique romantique, des notes, des dépenses, des recettes de cornichons et de peinture. Ce sont d'abord de petits cahiers cousus, puis, après 1847, de gros agendas du commerce. L'espace imposé de chaque jour structure l'écriture, et Delacroix déborde vers les pages précédentes ou des feuillets épinglés. Les pages blanches rendent visible son rapport mélancolique au temps.

Larue montre comment, vers 1855, à l'époque où paraissent les journaux de Joubert et de Maine de Biran, Delacroix prend Montaigne pour modèle, arrache des pages, polit son style de moraliste et recopie ses notes pour un Dictionnaire des beaux-arts jamais achevé, devenant le documentaliste de lui-même. Une peintre parle de la « petite voix » sans amour qui fait la morale pendant que l'on peint, et voit dans le journal un dialogue intérieur adressé à une instance parentale. Guillerme cite le passage où Delacroix dit que les taches noires d'une page l'enflamment moins que sa palette du matin. Il conclut que l'écriture reste du côté de la mémoire de la perte maternelle, la peinture du côté d'une retrouvaille sensuelle. L'émission se termine à Saint-Sulpice, devant La Lutte de Jacob avec l'ange, dernière grande œuvre peinte à la cire chaude, lue comme une rencontre entre la fureur et la mélancolie.

Excerpts

Delacroix, au premier jour de son Journal (1822) :

“je met à exécution le projet former tant de fois d'écrire un journal ce que je désire le plus vivement c'est de ne pas perdre de vue que je l'écris pour moi seul je saurai donc vrai je l'espère j'en deviendrais meilleur ce papier me reprochera mais variations”

Jean-Pierre Guillerme sur la naissance du Journal :

“le surlendemain il note que c'était avant-hier l'anniversaire de la mort de sa mère bien aimée et que c'est ce jour lors qu'il a commencé à écrire le journal par une sorte de coïncidence non consciente au départ [...] et je crois que tous en fête se décide jusqu'à la conclusion du journal”

Jean-Pierre Guillerme sur la couleur et la grandeur :

“il est bien évident que sa jouissance à lui 1 est une jouissance fondamentalement suscité par la couleur la couleur à la partie féminine de la peinture et on n'est pas grand par la couleur”