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Podcasts/Rien ne veut rien dire/Marcolini, Patrick

Marcolini, Patrick

philosophe, auteur de Le Mouvement situationniste : une histoire intellectuelle, éditions L'Échappée

Guy Debord (2/4) : L’internationale situationniste : rendre la vie plus intense

Rien ne veut rien dire · Apr 14, 2017 · partial coverage

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Coverage note: full (émission d'environ 52 minutes, dont des extraits sonores de Debord, d'Isidore Isou et de Cohn-Bendit, un extrait du *Relevé d'ambiances urbaines* et une chronique de livre finale sans rapport avec Debord ; transcription par modèle de langage, quelques mots incertains)

Core ideas

D'une avant-garde artistique à une avant-garde politique. Marcolini rappelle la genèse : l'Internationale lettriste naît en juin 1952 d'une scission avec Isidore Isou (autour de Serge Berna, Jean-Louis Brau, Guy Debord, Gil J. Wolman, puis Ivan Chtcheglov, Michèle Bernstein), après un scandale contre la réception de Chaplin. L'histoire du mouvement se divise en une période artistique (1952 à 1960-62) et une phase politique (1962-1972), qui débouche sur Mai 68 : il a « commencé par être l'avant-garde artistique la plus politique de l'époque » et « est devenu l'avant-garde politique la plus artistique ». Son rôle en 68 a longtemps été occulté, puis surévalué par ceux qui s'en réclamaient. L'émission s'ouvre sur un extrait de Daniel Cohn-Bendit (1988) qui raille le décalage entre écrits et pratique ; Marcolini rappelle qu'au lendemain de Mai 68 il citait lui-même Sartre, Henri Lefebvre, Socialisme ou barbarie et l'IS comme influences.

La « situation construite ». Le concept (probablement emprunté à Sartre, mais cela reste incertain) désigne « une suite de moments de la vie quotidienne » qui a son unité et sa cohérence interne, définie par son intensité affective et sa qualité poétique : une excellente soirée entre amis (avec boisson, parfois drogues), le moment où l'on tombe amoureux. Les situationnistes veulent fonder un projet de transformation sociale sur ces « pics existentiels » et construire délibérément de telles situations, avec des « viveurs » plutôt que des acteurs et des spectateurs. Dans la phase politique, intervenir sur la vie quotidienne devient le moyen de sortir de l'aliénation face à un capitalisme qui la « colonise ». Le ton monocorde des messages de l'IS (« méthode de construction expérimentale de la vie quotidienne ») est selon Marcolini un pastiche des communications radiophoniques et de gare, usant du décalage entre forme familière et contenu étranger.

Le détournement. Le détournement consiste à extraire un fragment (texte, image, film, bâtiment) de son contexte pour lui faire prendre un autre sens et montrer son actualité. La première phrase de La Société du spectacle détourne celle du Capital (« immense accumulation de marchandises » devient « de spectacles »), ce qui signifie à la fois que le spectacle est une marchandise et que le capitalisme s'est développé extensivement et intensivement en un siècle. Cela suppose une culture commune, que Debord juge perdue dans les années 80, d'où le passage du détournement à la citation avec références, pour permettre une réappropriation de la culture dont le spectacle a dépossédé les gens.

Marx, l'ultra-gauche et Isou. Debord n'est pas marxiste à l'origine ; sa révolte part de la vie quotidienne. Peu à peu, il extrait Marx de la gangue stalinienne en retournant au texte et aux traditions dissidentes, notamment le communisme de conseils, qui refuse le stalinisme et même le léninisme. La Société du spectacle est largement le produit de ce travail ; mais des critiques de l'économisme et du déterminisme historique y apparaissent déjà, et la référence à Marx s'estompe dans les années 70-80. Un extrait de 1996 d'Isou (qui juge Debord « réactionnaire » parce que revenu au marxisme) donne l'occasion de rappeler leur divergence : Isou veut reconstruire la culture après la destruction de l'art, Debord veut dépasser l'art dans la vie quotidienne.

Scandale, spectacle et non-intervention. Le scandale de Notre-Dame (Pâques 1950 : un faux prêtre proclame la mort de Dieu, texte de Serge Berna dit par Michel Mourre ; les fidèles tentent de le lyncher), hérité de la tradition dada et surréaliste, est un événement fondateur de l'imaginaire de Debord. Il illustre le contraire du spectacle, défini comme « le principe de non-intervention » : on donne à contempler à la population un élément de la vie qui lui a été retiré, auquel elle s'identifie affectivement, ce qui la maintient dans la passivité. Debord l'analyse d'abord dans le cinéma et le théâtre (Brecht), puis l'étend à la sphère sociale (publicité, vacances, voiture, dentifrice) et à la politique (représentants parlementaires). Marcolini estime l'analyse de la non-intervention encore valide à l'ère des réseaux sociaux, plus que le débat sur une vie « sans représentation ».

Dérive, psychogéographie, urbanisme unitaire. La construction de situations passe aussi par l'urbanisme : la dérive (marcher au hasard en ville en se laissant porter par les ambiances, avec des stations dans les bars) donne lieu à la psychogéographie, étude des effets du milieu construit sur l'esprit, avec des relevés écrits (comme l'extrait lu du 6 mars 1956, avec Gil J. Wolman, jusqu'à la rotonde de Ledoux), des cartes détournées et des romans-photos. L'urbanisme unitaire doit réunir les arts anciens dans une intervention sur le cadre de vie. Après 1960 la dérive disparaît des publications, la thématique urbaine devenant une critique de l'urbanisme, mais Debord, d'après les témoignages, a dérivé toute sa vie. Marcolini souligne que cette dérive est très planifiée, liée à l'intérêt de Debord pour la stratégie (ce qui le sépare de Breton et des surréalistes).

Dissolution de 1972 et critique de la modernité. L'IS s'auto-dissout en 1972 (La Véritable Scission dans l'Internationale, avec Sanguinetti) : Marcolini y voit à la fois un choix de Debord, qui craint de voir le mouvement devenir « une star de la révolte » comme Cohn-Bendit, et l'effet d'une crise interne (afflux de jeunes, perte de transmission théorique, essoufflement). Le texte esquisse un renouvellement de l'analyse marxienne (nouvelles classes comme les cadres, problème écologique). Dernier thème : un paradoxe de Debord, critique de la modernisation capitaliste (Le Corbusier, banlieues, autoroutes, supermarchés) mais confiant dans le progrès technique dans les années 50-60. À partir d'In girum (1981) et des Commentaires (1988) la critique du progrès, puis de la technologie et de la société industrielle, domine, ce qui le rapproche de l'Encyclopédie des nuisances (Jaime Semprun) et d'une écologie radicale ; Marcolini pense que ses derniers textes et inédits préparaient une nouvelle critique sociale centrée sur la modernité.

Excerpts

“« Une situation, c'est une suite de moments de la vie quotidienne qui possède son unité, sa cohérence interne. C'est un ensemble de gestes, comme dit souvent Debord, un ensemble de gestes, d'attitudes, de comportements, des rencontres, des liens, des des rapports sociaux qui se nouent en un moment précis et et ce qui fait la la qualité particulière de de de cette suite de moments, c'est son intensité » [...] « affective, c'est sa qualité poétique »”

“« Euh le but, c'est comme le disent les situationnistes, de de ramener une actualité de d'un d'un fragment culturel passé. Euh montrer qu'il a du sens par rapport à aujourd'hui. Donc, les situationnistes, par exemple, euh je vais citer la première phrase de de La Société du spectacle. Euh lorsque Debord dit : « Toute la vie des sociétés modernes est une immense accumulation de spectacles », en fait c'est un détournement de la première phrase du Capital de Marx : « Toute la vie des sociétés modernes est une immense accumulation de marchandises ». »”

“« Et Debord, je pense, craint beaucoup que le mouvement situationniste devienne un peu ce qu'est devenu Cohn-Bendit finalement, pour revenir au début de l'émission, c'est-à-dire une star. Et une star de la révolte ou de la révolution. Et donc en fait, il décide que les choses ont finalement peut-être assez duré, qu'il y a peut-être d'autres capacités d'intervention qu'à l'intérieur d'un mouvement aussi structuré, aussi soudé, aussi cuirassé que pouvait l'être le mouvement situationniste. »”